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Nuages
sur le commerce mondial
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Jean-Yves Naudet
Il
y a les fausses et les vraies mauvaises nouvelles. Les
fausses : la hausse de l’euro ou le recul de la
consommation. Cela ne change pas en profondeur la réalité
économique. Et puis, il y a les vraies mauvaises nouvelles,
et celle-ci en est une : le commerce mondial se porte
mal.
Or,
s’il y a bien un vrai moteur de la croissance et un
facteur de modération des prix, c’est le commerce
international. Sa croissance s’est sensiblement ralentie.
On pourrait compter sur les négociations de
l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour la
dynamiser, mais celles-ci piétinent, hélas.
La
croissance des échanges mondiaux ne cesse de se ralentir
L’OMC
vient de publier les derniers résultats du commerce mondial.
En 2006, la progression des échanges était de 8,5%, plus
de deux fois la croissance du produit intérieur brut (PIB).
La hausse des échanges était même de presque 10% en 2004,
soit deux fois et demi celle du PIB.
Brusque
ralentissement en 2007 : la progression des
exportations de marchandises tombe à 5,5% seulement.
Certes, c’est toujours plus que le PIB, ce qui veut dire
que la mondialisation continue à progresser : chaque
pays exporte année après année une part plus grande de sa
production. Mais le rythme d’internationalisation est plus
faible.
Les
prévisions de l’OMC pour 2008 s’annoncent encore pires.
Il est question de 4,5% seulement, peut-être même moins
encore, car l’OMC est prudente : on en est seulement
au tiers de l’année. La prudence de l’OMC dans ses prévisions
vient du fait que « les turbulences sur les marchés
financiers assombrissent les perspectives ».
Pascal
Lamy, directeur de l’OMC, affirme que « l’économie
mondiale traverse une période incertaine et préoccupante ».
L’OMC se borne à constater que les pays développés
voient leur activité se ralentir, donc leurs achats de
produits étrangers, ce qui ralentit à son tour le commerce
mondial.
Mais
les choses ne sont pas à sens unique en économie. Les
causalités sont complexes et on peut aussi soutenir que
c’est le ralentissement du commerce mondial qui contribue
à la récession en Europe et aux Etats-Unis. En toute
hypothèse, ce ralentissement est une mauvaise nouvelle, car
moins de commerce extérieur, c’est moins de concurrence.
C’est
l’aiguillon des marchés extérieurs qui pousse les
entreprises à la compétitivité. Moins de compétitivité
conduit à payer plus cher les importations. On voit que ce
sont encore les Allemands qui s’en sortent le mieux, parce
que leurs performances à l’exportation leur permettent de
maintenir leurs importations à un haut niveau.
Pourquoi
ce ralentissement ?
Mais
pourquoi ce ralentissement des échanges ? On nous
renvoie toujours à des considérations conjoncturelles :
la flambée des prix des matières premières,
l’effondrement du dollar, la hausse de l’euro, la crise
immobilière des subprimes, les turbulences sur les marchés
financiers.
Mais
il faut aussi prendre en compte les erreurs et les
maladresses commises par les dirigeants des principaux
acteurs du commerce mondial. Par exemple, on sait que les
Chinois continuent à surévaluer leur monnaie et ne dépensent
pas le pouvoir d’achat extérieur dont ils disposent. La
gestion du dollar est aussi une gêne, le président de la
Fed, Ben Bernanke, acceptant la dévaluation du billet vert
pour éviter une récession trop lourde de l’économie américaine,
alors qu’il risque fort de déstabiliser l’économie et
de relancer uniquement l’inflation.
Enfin,
concernant les « marchés » du pétrole et des
matières premières, les prix sont encore très artificiels,
faussés par les interventions, les subventions, les cartels
et les considérations politiques : la lutte pour le réseau
de distribution de l’or noir et du gaz naturel en Asie
centrale, dans le Golfe et dans l’empire russe est engagée.
Pour
confirmer le poids des politiques économiques dans le
ralentissement du commerce, il n’est qu’à observer que
les pays émergents, qui sont en partie à l’écart de ces
manipulations artificielles, voient leur commerce extérieur
progresser beaucoup plus vite. En conséquence, la part des
pays en développement dans le commerce mondial des
marchandises atteint un nouveau record en 2007, avec 34%.
Ils ont amorti le ralentissement des échanges mondiaux. Ce
maintien a permis de conserver une forte croissance du PIB
dans ces pays émergents.
Les
négociations de l’OMC au point mort
Comment
relancer les échanges internationaux ? La réponse est
simple : en poursuivant la politique de libéralisation
des échanges, menée jusqu’à aujourd’hui par l’OMC.
Or le cycle actuel de négociation (cycle de Doha) est en
panne. Cela s’explique en partie par des considérations
politiques : à l’approche des élections américaines,
certains (les plus hostiles aux échanges mondiaux) freinent
en espérant une élection démocrate, puisque les candidats
de ce parti sont plus protectionnistes que Bush ou McCain.
Mais
d’autres aussi freinent. C’est ainsi que, face aux
blocages actuels, Pascal Lamy se contenterait d’un accord
sur l’agriculture, qui est effectivement le secteur le
plus protectionniste. Mais la France ne veut pas en entendre
parler, car elle défend la politique agricole commune, les
subventions à l’exportation ou à la production.
Une
libéralisation agricole permettrait au contraire de développer
les exportations du tiers-monde, tandis que ces pays
agricoles achèteraient des produits industriels aux autres
pays. Inacceptable pour la France, qui défend le
protectionnisme agricole. Pendant ce temps, d’autres pays
freinent les accords de libéralisation dans l’industrie,
toujours tentés par le protectionnisme. Et la France défend
toujours l’exception culturelle.
Enfin,
des arguments « nouveaux » apparaissent avec la
hausse des cours agricoles : on reparle du concept
d‘autosuffisance. Chacun doit produire pour lui-même. On
retourne aux politiques qui avaient ruiné le tiers-monde il
y a trente ans : le développement autocentré. Bref,
le protectionnisme est toujours vivant.
Les
négociations de l’OMC traînent en longueur depuis des
années, alors qu’une nouvelle libéralisation des échanges
serait une des meilleures réponses au ralentissement
mondial actuel du commerce et de l’économie. Ce sont les
Etats qui ont provoqué la crise actuelle et ce sont eux qui
en empêchent la solution. Comme toujours.
Jean-Yves
Naudet, Professeur d’Economie à l’Université d’Aix-Marseille
III, dirige le Centre d’Ethique Economique et de Déontologie
Professionnelle
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