ONLINE ISSUE No: 326

Friday 18 July 2008

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QUOTE OF THE WEEK
"There is no safety for honest men except by believing all possible evil of evil men"
-- Edmund Burke

 

 

Ne soyons pas hypocrites, s.v.p. !

-- Sydney Selvon 

Revenons sur la question identitaire à l’île Maurice. Il n’existe, incroyablement, aucun recensement précis des groupes ethniques dans le pays alors qu’un tel exercice, fait de manière rigoureuse, donnerait au pays un outil précieux pour une meilleure gouvernance, comme c’est le cas dans les grandes démocraties multiethniques tels le Canada, l’Australie ou la Nouvelle Zélande (comme nous l’avons signalé dans notre article la semaine dernière).

Cependant, tous les Mauriciens savent que le politburo de chaque parti politique possède des listes électorales régulièrement remises à jour et indiquant non seulement la communauté de chaque électeur, mais aussi les diverses sous-divisions comme ‘Tamouls’, ‘Franco’, etc. Les agents se chargent de vérifier et de comptabiliser les castes et autres détails comme ce que le MMM appelle durant ses délibérations du comité central, les ‘je-si, je-là’ (personnes de couleur), ‘nations’ (Afro-Créoles), etc.

Les listes de candidats sont dressées et celles des adversaires décortiquées de la même manière, et j’en ai été témoin lors de mon passage au sein de la direction de ce parti dans les années 70. Mais c’est une pratique générale au sein de tous les partis, et un mot que l’on veut pudique est utilisé à profusion, à savoir, ‘profil’ – et l’on dit ‘profil’ du candidat, du futur premier ministre (Anil Gayan s’y réfère lors de son interview dans le Mauritius Times de la semaine dernière, critiquant la prise en considération de la caste, par exemple, pour décider qui sera PM).

On a une Constitution qui ne reconnaît que quatre communautés ethniques, mais les politburos des partis en dénombrent une multitude et les ciblent une à une, à chaque élection générale, régionale ou partielle. Cependant, il existe une argumentation à l’effet que la comptabilisation des communautés dans le détail dans la Constitution n’est pas nécessaire. Ainsi, à notre avis, l’on peut y faire provision pour une reconnaissance constitutionnelle de la communauté créole, mais ce serait aller trop loin que d’aller dans le sens des listes électorales décortiquées qui trônent dans la section documentation des politburos de nos partis politiques. N’empêche que le recensement, qui est un outil essentiel à la bonne gouvernance, peut faire provision pour une comptabilisation exacte des religions pour, par exemple, déterminer le montant des allocations à donner à chacune d’entre elles.

Ce fut en 1983 que le Bureau Central des Statistiques (CSO) établit une classification des Mauriciens par leur religion. Ce recensement, fait sur la base des déclarations faites par les Mauriciens sur la religion à laquelle chacun d’eux appartenait, donna les chiffres suivants: une grosse majorité pratiquant l’hindouisme, soit 49 pour cent, sur une population totale de 1.106.516 personnes, et les deux plus importantes minorités (statistiquement parlant), pratiquant respectivement les religions chrétiennes (32 pour cent, chiffre comprenant 27 pour cent de Catholiques), et l’Islam (16 pour cent).

Cependant, il faut faire attention à ces chiffres (cités internationalement, par la Library of Congress Country Studies, par exemple). Il ne faut pas les transposer automatiquement sur le plan ethnique. Il est connu qu’il y a des personnes de religion chrétienne qui sont des Hindous dans un contexte mauricien où le terme ‘Hindou’ est aussi descriptif d’un groupe ethnique qui représente environ 51,8 pour cent de la population selon une estimation (en l’absence d’un recensement précis à ce sujet, le CSO ayant abandonné toute référence à la communauté d’origine). Il y a toujours eu à Maurice une population indo-chrétienne et elle semble avoir augmenté ces dernières années avec l’arrivée de missionnaires de diverses églises chrétiennes, surtout des pasteurs d’origine américaine qui ont commencé à débarquer à Maurice dans le cadre de leur politique de sillonner le monde pour un travail missionnaire très systématique et aussi très controversé.

Autre exemple d’une transposition qui serait arbitraire et trompeuse: estimer la population créole à 30-35 pour cent en se servant du nombre de Chrétiens, alors qu’elle tournerait autour de 23-25 pour cent et que le reste des Chrétiens est composé de Franco-Mauriciens, Gens de couleur et Sino-Mauriciens.

Comme je l’ai dit et répété, c’est feu sir Kher Jagatsingh, un de nos plus brillants politiciens et intellectuels, qui avait raison lorsqu’il disait: « We are all minorities. » Lorsqu’on regarde les chiffres, cela est plus qu’évident. Certes, il y a une majorité d’Hindous avoisinant les 52 pour cent selon la manière de considérer les Hindous comme une ethnie. Une autre manière spécifiquement mauricienne est de considérer les Tamouls comme n’étant pas des Hindous, une aberration sur le plan religieux parce que c’est, en fait, dans le pays des Tamouls que l’hindouisme trouve et ses racines et sa riche littérature originelle. Mon grand-père maternel se considérait Tamoul, Hindou et Chrétien à la fois, et portait sans complexe son tatouage religieux hindou sur le dos d’une main. Mais les générations qui ont suivi celle-là, sont allés vers l’éclatement de telles identités triples ou doubles jadis assumées sans complexe.

Tout cela fait de l’île Maurice un pays plus complexe qu’elle ne l’est, en vérité. Et explique le fait que nous nageons de plus en plus en pleine hypocrisie. 

Sydney Selvon

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