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L’Assemblée
: Quel langage ? Quel droit ?
Shakuntala
BOOLELL
Le
créole au Parlement et en dehors
Combien
de fois nos députés et ministres ont montré leur grossièreté
par des mots et gestes contraires à la bienséance ! Le
langage créole s’y prête à merveille. « Trouve ça ène
mari… mo baize toi… tombe déhor… ene batchiara, etc.
» La liste pourrait s’allonger. Et le langage que
certaines écoles de pensée trouvent très convenable pour
faire avancer nos petits citoyens et assurer leur succès.
Que ces mêmes éducateurs commencent à former nos
parlementaires ! Qu’ils leur trouvent des équivalents
plus corrects pour ne pas scandaliser le grand public !
De
l’opinion générale et celle de nos jeunes, le créole
permet de se défouler. Pouquoi ? L’on peut se permettre
des jurons à volonté, attaquer bassement son adversaire et
brandir sa supériorité en matière de mots. Notre théâtre
en créole permet de bien cerner l’utilisation de cette
langue créole dans un but précis. Il est tout naturel de
dire des mots grossiers pour injurier:
« mwa ti nuri twa ek to batar ! Ar lamoné nêport
kisanla asté ên femel. » ( Li, Dev Virahsawmy)
Combien
d’étiquettes sont appliquées à la femme qu’on veut
critiquer (femme faire malang…) dans Nu traversé de Henri
Favory. Parmi les élèves, le créole est de plus en plus
une arme pour faire injure à ceux qu’on veut écraser.
Des filles font souvent les frais de ces grossièretés.
Commentaire
et colère du leader de l’opposition
Des
excuses à la députée rouge ont-elles fait oublier le créole
grossier employé à l’encontre d’une jeune femme ? Le
leader a-t-il oublié où il se trouvait ? Se croyait-il
dans son propre cadre et est-ce le langage employé dans son
quotidien ? Cela étonnerait beaucoup. Si Nita Deerpalsing
avait fait une remarque similaire contre les femmes mauves,
leurs colistiers auraient été tout feu tout flamme pour
faire disparaître en quatrième vitesse la députée rouge.
Souvenons-nous de l’épisode de Barbier qui s’est dressé
en vrai tapeur lors d’une remarque grossière contre
Danielle Perrier.
Et
les femmes à l’Assemblée à cette heure-là, par leur
silence, semblent bien lâches. Combien de ces femmes ont
des maris, ou ont envie d’autres maris/bougres qu’un
parlementaire leur aurait donnés ? Combien d’entre elles
ont pris la remarque personnellement ? Ou tout simplement
ont trouvé cela amusant. Si c’était en France, en Amérique
et n’importe quelle démocratie, il y aurait eu une marche
de solidarité féminine pour condamner des remarques sur le
corps, sur les envies des uns et des autres, et les
frustrations des politiciens mâles.
Quand
Bhagwan, Bérenger, Dulloo ont marié leurs filles la presse
a montré l’importance d’une institution -- le mariage
-- qui tend à aller au déclin dans beaucoup de sociétés.
Aucune presse n’a dit que ces députés « in trouve ène
mari pou zotte ti-fi.»
Ministère
de la Femme : quels droits ?
Encore
une fois ce ministère y perd des plumes. Erreur fâcheuse
de n’avoir pas réagi au chaud. L’on se souvient du
dossier sur la prostitution qui est resté fermé pour des
raisons inavouées. D’autres dossiers et complaintes sur
le trafic d’enfants et la pédophilie disparaissent sous
une avalanche de paperasses contre toute attente. Après
l’épisode de Bérenger/Deerpalsing, il a fallu attendre
une intervention de Sheila Bappoo à la télévision pour
montrer que nos hommes, quel que soit leur statut ou
profession, n’ont pas le droit de se mettre dans la peau
des machos.
Nita
Deerpalsing s’est contentée des excuses ! Etonnant de la
part d’une battante aussi prompte à la réponse et qui
avait osé pourtant critiquer la politique du Grand
Argentier ou celle du ministre de l’Agriculture.
Et
le ministre de la Femme ? C’est bien à elle de mobiliser
les organisations des femmes pour condamner les paroles indécentes
et grossières ou les attaques personnelles à l’égard de
n’importe quelle femme. Rien dans ce sens. Est-ce que le
fait d’être une députée rouge empêche des
mobilisations dans ce sens ? Ce ministère n’a-t-il pas témoigné
de fortes mobilisations dans le passé ? Dans le cas de viol
de Sandra O’Reilly les mobilisations ont eu un impact et
la presse s’en est barbotée. Or à peine une observation
bien dans le ton dans le journal l’express qui condamne
l’attitude du leader mauve. Il y a de quoi se demander si
les droits sont exclusivement mâles -- droit d’insulter,
droit de juger le célibat des femmes, droit de clouer au
silence… Le ministère de la Femme bouge-t-il et pour qui
?
Le
langage du leader mauve n’en est qu’un exemple. Il nous
faut plus que jamais dresser un constat de cette situation déplorable
où l’homme abuse dans son langage. Bienséance oblige !
Une femme entend en faisant croire qu’elle ne comprend pas
ces grossièretés. Ou bien elle s’enferme dans son bureau
en entendant ces collègues mâles se lancer des jurons en
créole dans
les couloirs. Après tout une femme qui injurie est une
poissarde, une « femme la ri » mais un homme qui lance des
jurons est « ene vrai zomme. »
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