ONLINE ISSUE No: 331

Friday 22 August 2008

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QUOTE OF THE WEEK
"As soon as fear approaches near, attack and destroy it"
-- Chanakya, Indian politician, strategist and writer

 

 

L’Assemblée : Quel langage ? Quel droit ?

Shakuntala BOOLELL

Le créole au Parlement et en dehors

Combien de fois nos députés et ministres ont montré leur grossièreté par des mots et gestes contraires à la bienséance ! Le langage créole s’y prête à merveille. « Trouve ça ène mari… mo baize toi… tombe déhor… ene batchiara, etc. » La liste pourrait s’allonger. Et le langage que certaines écoles de pensée trouvent très convenable pour faire avancer nos petits citoyens et assurer leur succès. Que ces mêmes éducateurs commencent à former nos parlementaires ! Qu’ils leur trouvent des équivalents plus corrects pour ne pas scandaliser le grand public !

De l’opinion générale et celle de nos jeunes, le créole permet de se défouler. Pouquoi ? L’on peut se permettre des jurons à volonté, attaquer bassement son adversaire et brandir sa supériorité en matière de mots. Notre théâtre en créole permet de bien cerner l’utilisation de cette langue créole dans un but précis. Il est tout naturel de dire des mots grossiers pour injurier:  « mwa ti nuri twa ek to batar ! Ar lamoné nêport kisanla asté ên femel. » ( Li, Dev Virahsawmy)

Combien d’étiquettes sont appliquées à la femme qu’on veut critiquer (femme faire malang…) dans Nu traversé de Henri Favory. Parmi les élèves, le créole est de plus en plus une arme pour faire injure à ceux qu’on veut écraser. Des filles font souvent les frais de ces grossièretés.

Commentaire et colère du leader de l’opposition

Des excuses à la députée rouge ont-elles fait oublier le créole grossier employé à l’encontre d’une jeune femme ? Le leader a-t-il oublié où il se trouvait ? Se croyait-il dans son propre cadre et est-ce le langage employé dans son quotidien ? Cela étonnerait beaucoup. Si Nita Deerpalsing avait fait une remarque similaire contre les femmes mauves, leurs colistiers auraient été tout feu tout flamme pour faire disparaître en quatrième vitesse la députée rouge. Souvenons-nous de l’épisode de Barbier qui s’est dressé en vrai tapeur lors d’une remarque grossière contre Danielle Perrier.

Et les femmes à l’Assemblée à cette heure-là, par leur silence, semblent bien lâches. Combien de ces femmes ont des maris, ou ont envie d’autres maris/bougres qu’un parlementaire leur aurait donnés ? Combien d’entre elles ont pris la remarque personnellement ? Ou tout simplement ont trouvé cela amusant. Si c’était en France, en Amérique et n’importe quelle démocratie, il y aurait eu une marche de solidarité féminine pour condamner des remarques sur le corps, sur les envies des uns et des autres, et les frustrations des politiciens mâles.

Quand Bhagwan, Bérenger, Dulloo ont marié leurs filles la presse a montré l’importance d’une institution -- le mariage -- qui tend à aller au déclin dans beaucoup de sociétés. Aucune presse n’a dit que ces députés « in trouve ène mari pou zotte ti-fi.»

Ministère de la Femme : quels droits ?

Encore une fois ce ministère y perd des plumes. Erreur fâcheuse de n’avoir pas réagi au chaud. L’on se souvient du dossier sur la prostitution qui est resté fermé pour des raisons inavouées. D’autres dossiers et complaintes sur le trafic d’enfants et la pédophilie disparaissent sous une avalanche de paperasses contre toute attente. Après l’épisode de Bérenger/Deerpalsing, il a fallu attendre une intervention de Sheila Bappoo à la télévision pour montrer que nos hommes, quel que soit leur statut ou profession, n’ont pas le droit de se mettre dans la peau des machos.

Nita Deerpalsing s’est contentée des excuses ! Etonnant de la part d’une battante aussi prompte à la réponse et qui avait osé pourtant critiquer la politique du Grand Argentier ou celle du ministre de l’Agriculture.

Et le ministre de la Femme ? C’est bien à elle de mobiliser les organisations des femmes pour condamner les paroles indécentes et grossières ou les attaques personnelles à l’égard de n’importe quelle femme. Rien dans ce sens. Est-ce que le fait d’être une députée rouge empêche des mobilisations dans ce sens ? Ce ministère n’a-t-il pas témoigné de fortes mobilisations dans le passé ? Dans le cas de viol de Sandra O’Reilly les mobilisations ont eu un impact et la presse s’en est barbotée. Or à peine une observation bien dans le ton dans le journal l’express qui condamne l’attitude du leader mauve. Il y a de quoi se demander si les droits sont exclusivement mâles -- droit d’insulter, droit de juger le célibat des femmes, droit de clouer au silence… Le ministère de la Femme bouge-t-il et pour qui ?

Le langage du leader mauve n’en est qu’un exemple. Il nous faut plus que jamais dresser un constat de cette situation déplorable où l’homme abuse dans son langage. Bienséance oblige ! Une femme entend en faisant croire qu’elle ne comprend pas ces grossièretés. Ou bien elle s’enferme dans son bureau en entendant ces collègues mâles se lancer des jurons en créole  dans les couloirs. Après tout une femme qui injurie est une poissarde, une « femme la ri » mais un homme qui lance des jurons est « ene vrai zomme. »

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