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L’Inde conjuguée au féminin…

-- Shakuntala Boolell

Pour la Journée internationale de la femme célébrée avec faste ou simplicité dans le monde, il est difficile de ne pas se fixer dans l’esprit des images de femmes. A l’île Maurice on en a l’habitude. Tous les partis politiques se font un devoir de célébrer cette journée qui rappelle des droits acquis et des problèmes qui perdurent dans la vie des femmes. En février 2017, j’ai pu avoir une meilleure impression du quotidien et de l’ambition des femmes de l’Inde.

Sur un campus universitaire l’étonnement va en grandissant. Toute jeune encore, ayant moins de 30 ans, une conférencière réussit un véritable coup de poker. Geetanjali - convenor pour une conférence internationale sur les récits de voyage - arrive à attirer à l’université de Bénarès/Varanasi au moins 60 intervenants de l’Inde, de l’Europe et des Iles. L’audience dépasse largement les 50 pouvant atteindre cent personnes. On n’est pas aux temps où les filles se mettent en retrait. Etudiantes et lecturers sont au-devant de la scène pour accueillir, guider et donner la preuve de leur compétence.

Sarojini Naidu, ancienne ministre d’une province indienne, avait au cours de son combat déclaré que « Our ladies are persons of action ». Combien vrai ! On les voit aujourd’hui à moto avec leur casque dans des villes où l’embouteillage fait peur. Les petites Indiennes sont partout - en uniforme militaire, policier, en habit d’officier dans les hôtels, les aéroports et souvent en habit à la française. Elles témoignent d’une forte personnalité dans leur discours.

On retrouve à peine l’Inde exotique avec la fille drapée, dans son voile mystérieux et ornée de bijoux clinquants comme disait le voyageur-auteur Pierre Loti dans son livre L’Inde sous les Anglais : « Il y a les femmes qui passent, belles comme des Tanagra,… leurs bracelets, leurs colliers, sur leurs mousselines roses, ou jaunes, ou vertes à dessins d’argent ; alors, au milieu des vieux murs en grisaille, elles ont l’air de lumineuses Péris (fées dans les contes persans)… »

Dans les places publiques -- commerces, gares, ou bazars de vente à l’encan -- les garçons et les hommes sont là en train de pétrir la farine, de peser les kilos de grenade et d’autres de fruits, de dérouler les saris et churidars ou débiter des discours pour appâter les clients. Et les jeunes filles et femmes ? Elles sont en route pour les collèges, et semblent vivre une vie avant-gardiste. Il suffit qu’on se renseigne auprès de quelques-unes pour entendre le parler anglais qui est tout naturel.

Rares sont les mendiantes dans le Burra Bazar de Kolkata à qui s’accrochent des enfants tout nus. Il arrive aussi qu’on croise en plein jour des filles couvertes de maquillage, des filles de joie arborant de grands sourires, ou peut-être aussi des transsexuelles qui exigent qu’on leur donne un billet. A Bénarès non plus on ne voit pas de ces mendiantes. Bien au contraire des jeunes filles sur les marches du grand temple exposent leurs objets décoratifs, leurs images des divinités ou la fameuse eau des Ganges et discutent en mélangeant des mots en hindi et anglais.

L’ambiance est presque à la fête, d’autant que la grande nuit de Shiva se préparait. Mais aucune exagération. La file des pèlerins dont la plupart sont des femmes ont une discipline avance en silence. Sinon beaucoup sont des ambassadrices des produits de leur pays. On voit des Indiennes magnifiques dans l’avion qui sont très serviables, et faisant continuellement le va-et-vient pour s’assurer que les passagers n’ont aucun reproche à faire. Nous pouvons apprendre de ces ambassadrices qui sillonnent l’aéroport de Kolkata à toute heure. Quelle patience par rapport aux passagers en retard ! Admirable. Jusqu’à la dernière minute on entend des voix pour que le retardataire se présente au comptoir.

En parlant de l’Inde on a tendance à oublier les grandes figures féminines. Pour sûr, l’aéroport de Delhi porte la marque indélébile d’Indira Gandhi. Son image d’une Inde moderne ne s’oublie jamais. Grâce à cette grande dame l’Inde a fait des progrès par bonds. La lutte a commencé déjà avec Vijaya Lakshmi Pandit qui a fait la prison. Elle n’a pas eu peur de dénoncer les abus de l’époque colonialiste sur tous les manques : « We shall not be permitted newspapers, letters or interviews or any article from home. »

Au cours de son emprisonnement elle réalise qu’il faut avoir une âme de combattante et est commue pour son « fighting spirit ». C’est elle qui, selon Abdul Majid Khan, « has been conducting a one-woman campaign to bring the cause of India’s freedom to the attention of Frisco delegates. » Ses correspondances et ses écrits en prison en disent long. Le journaliste américain, Bruce Bliven, dans un article paru dans New Republic en 1945 ajoute que « India is only represented by the brilliant and beautiful Mrs Pandit and able journalists who rise at every press conference to ask forbidden questions. » Combien de leçons devrons-nous tirer des exemples de femmes qui ont su travailler pour leur pays en restant dignes de leur image ?

Pourquoi parler des droits, de non-violence et de l’égalité des chances quand la femme elle-même n’a pas l’audace de se lancer des défis ? Défi de devenir une citoyenne globale. Défi de briser les chaînes qui lui pèsent. Défi de lancer en face ce que les hommes osent dire. La théorie de l’éternel féminin compte encore beaucoup d’adeptes. C’est à la femme que revient le rôle de dire comme Vijaya Laksmi Pandit : « Difficulties, opposition, criticism, these things are meant to be overcome and there is a special joy in facing them and coming out on top. »

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