‘La saga BAI a révélé les défauts d’une intolérable relation incestueuse entre le monde du business et la politique’

Interview : Dr Vasant Bunwaree —

‘La saga BAI a révélé les défauts d’une intolérable relation incestueuse entre le monde du business et la politique’

* ‘Gouverner, ce n’est pas « gérer mal et détruire » mais « bien gérer et prévoir ». Il n’y a rien de cela en perspective’

La République de Maurice fait face à des difficultés importantes sur tous les fronts et pourtant, la relève tarde à faire surface. Les compétences existent même si elles sont disparates. Pourquoi le renouvellement se fait-il attendre dans le milieu de la politique ? Dr Vasant Bunwaree, leader du Mouvman Militan Travayis, nous fait part de son expérience et de ses espérances.

Mauritius Times : Le pire a été évité. Le Gouvernement a réussi à débloquer la situation par rapport aux protestations des victimes de l’affaire BAI avec la promesse du Premier ministre de rechercher l’aide indienne pour le remboursement des investisseurs dans le plan Super Cash Back Gold. Mais tout laisse croire que le feu couve toujours et cela risque de partir de plus belle dans les semaines à venir. Qu’en pensez-vous ?

Dr Vasant Bunwaree : C’est devenu « enn model » pour le Gouvernement Lepep de rechercher l’aide indienne pour sortir d’un gouffre où il s’est plongé lui-même.

Au fait, c’est une preuve d’incompétence du Gouvernement qui n’arrive pas à trouver les solutions valables pour ces personnes plongées dans la souffrance à cause d’une mauvaise gestion de leur dossier par le gouvernement, et ce, dès le départ.

C’est aussi un sentiment de déshonneur pour les Mauriciens face à l’inefficacité du Gouvernement, donnant l’impression d’abuser de la bonté des Indiens. Nous fautons, mais pour empêcher les Mauriciens de souffrir par notre faute, nous allons quémander de l’aide de l’Inde…

 

Il ne faut pas oublier que les Indiens aussi contribuent au fonctionnement de leur économie et il n’est pas juste d’abuser ainsi de leur bonne volonté. Ils paient des taxes eux aussi et il n’est pas normal qu’ils soient amenés régulièrement à participer autant au Budget de l’Etat d’un autre pays souverain. Ce sont leurs dépenses qui augmentent. Croyez-vous que c’est normal ?

Enfin il n’y a pas que Maurice qui est aidée par l’Inde. Il y a aussi plusieurs autres pays. En principe, ces pays sont connus pour être dans la misère alors que Maurice, elle, se flatte d’être parmi les économies les plus performantes de l’Afrique. Où est donc notre dignité ?

* Au regard de ce qui se passe dans le pays depuis des mois déjà et les tracasseries que rencontre le Gouvernement presque chaque semaine à cause des affaires impliquant ses membres et d’autres nominés dans différents milieux, diriez-vous que les choses vont de mal en pis pour l’Alliance Lepep ?

Non seulement les carottes sont déjà cuites mais, pire encore, la raclée sera étourdissante. Le peuple n’est pas dupe. Il est intelligent : nous avons eu plusieurs preuves déjà et surtout la nouvelle génération ne s’agite plus dans les meetings mais raisonne différemment.

Le peuple attend le bon moment car il a un compte à régler avec ce gouvernement qui a abusé de sa confiance et de sa foi dans une politique de renouveau et de probité face à un régime ramgoolamiste qui sentait l’infecte. Le peuple a cru, en décembre 2014, en une véritable prise de conscience par une équipe dans laquelle il voyait venir une Maurice moderne, avant-gardiste, propre, compétente, forte, respectueuse des normes démocratiques qui pourrait être un exemple de réussite et de succès.

Mais, très vite, les masques sont tombés et la vérité qui n’est toujours qu’UNE a resurgi et a permis de voir les vrais visages – cela tant parmi les anciens que les nouveaux, les grands que les petits, lesquels dans leur grande majorité sont venus s’enrichir et faire vivre au moyen d’une richesse exagérée ceux et celles de leurs familles, leurs proches amis, copains/amis, copines, agents proches… tandis que les fléaux flambent de partout – drogue, prostitution, alcool surtout parmi les jeunes, accidents de la route, vols de tout genre, viols, corruption comme jamais avant – bref une société à la traîne où l’honneur a pris pour son sort, la solidarité n’existe plus, les valeurs sont incomprises, les mœurs bafouées et enfouies dans une décadence sans précédent.

* L’opposition aurait toutefois tort de croire dans l’imminence de la chute du Gouvernement qui recherchera par tous les moyens à renverser la vapeur en particulier avec une amélioration de la performance de l’économie mauricienne. Voyez-vous le Premier ministre et ministre des Finances capable de réussir cela et aussi à surmonter le challenge venant des forces de l’opposition ?

Il est vrai que Rawat et Ramgoolam ont fait des frasques. La saga BAI a révélé les défauts d’une intolérable relation incestueuse entre le monde du business et la politique. Le Parlement était fermé pendant près d’une année paralysant ainsi le système et freinant l’énergie et la valeur de ceux qui, comme moi, voulaient continuer à faire avancer le pays. Mais le peuple a pris son « rotin bazar » et a mis un frein à cet abus masqué et maquillé de Ramgoolam. Il l’a chassé du pouvoir pour laisser la place au groupe Lepep. Notez s’il vous plaît que ce peuple admirable n’avait vraiment aucun autre choix. Mon parti, le Muvman Travayis Militan (MTM) empreint du vrai travaillisme, venait tout juste de naître et ne pouvait en quelques jours créer le sursaut.

Mais ces deux ans et demi du Gouvernement Lepep nous ont plongés dans un véritable cauchemar. L’économie, quoiqu’on essaie de dire, se dirige vers les ruines. Grâce aux efforts des uns et des autres de bonne volonté et surtout suivant le sillage du travail positif du gouvernement d’avant 2014, quelques résultats sont ressentis ҫa et là. Mais, en profondeur, aucune réforme économique n’a été mise en place ce qui fait que la dette est devenue insupportable, les revenus stagnent, les dépenses augmentent et bénéficient surtout aux amis et consorts, le déficit budgétaire se creuse davantage mais sera camouflé par des dépenses budgétaires prévues, approuvées et votées l’année dernière mais non-réalisées, donc devenu irréel.

Bref, beaucoup de contraintes économiques sont renvoyées pour être payées par les autres dans l’avenir ; donc, celles-ci sont portées sur les épaules de nos enfants : c’est cruel !

J’ai bien l’impression que les conseillers économiques et les techniciens, du moins ceux qui ont l’oreille de Pravind Jugnauth, sont à vide d’idées ; ils sont dépassés et n’arrivent pas à poser les bases pour la projection du pays au niveau de développement nécessaire.

La prévoyance, les projections du budget d’un an dans un avenir de quelques années, ne sont pas justes ou carrément font défaut. Le prix du pétrole, par exemple, aujourd’hui à 53-54 dollars pourrait grimper et il n’est pas impossible qu’il touche les 70 dollars avec un impact terrible sur l’inflation, le coût de la vie et des infrastructures et pourrait aussi bouleverser toutes les données futures. L’inflation, aujourd’hui contrôlée, reste très précaire et cette baisse pourrait être très éphémère. Les investissements ne décollent pas.

Gouverner, ce n’est pas « gérer mal et détruire » mais « bien gérer et prévoir ». Il n’y a rien de cela en perspective.

* Si le gouvernement s’est vu dans l’obligation de rechercher l’aide indienne pour débloquer la crise BAI/Super Cash Back Gold, c’est sans doute en raison d’une position budgétaire vulnérable et pas suffisamment solide. Le pire est probablement à venir avec les cas en suspens dont les arbitrages recherchés par Dawood Rawat et les Bunjun dans les affaires BAI et Betamax respectivement. Qu’en pensez-vous ?

Avant, dans un passé plus ou moins lointain, il y a eu les grands de ce pays, à l’image de SSR, muni de son bâton de pèlerin et entouré d’une équipe rôdée qui avait utilisé toute son intelligence et son charme pour convaincre les plus grands de ce monde à l’image du Général de Gaulle, de Willy Brandt pour négocier des projets et accords d’extrême envergure. Cela a aidé à transformer le profil économique et social de notre pays comme le Protocole sucre aujourd’hui défunt. Pendant plus d’un quart de siècle, cela a permis de créer cette République de Maurice d’aujourd’hui, voire, de demain.

Feu Gaëtan Duval a aussi apporté son plus dans le développement touristique du pays. SAJ a aussi eu son rôle dans le développement industriel du pays dans les années 80, mais avec le bleu-blanc-rouge. Il s’agissait toujours de la création des piliers de l’économie où les Mauriciens ont joué leur rôle pour faire fleurir et épanouir ces secteurs pour développer et moderniser notre pays.

Or cette fois, ce que fait Pravind Jugnauth devenu Premier ministre de façon irrégulière, cela donne l’image de quelqu’un qui est troublé et abattu ne sachant comment faire pour équilibrer le Budget annuel de l’Etat… Il se tourne vers l’Inde pour exprimer son désespoir à la tête de la Nation en espérant des miettes ici et là pour proposer aux Mauriciens des mirages que peu de personnes peuvent entrevoir aujourd’hui. Mais ce sont les autres, jeunes d’aujourd’hui – adultes de demain, qui vont payer les frais de ses erreurs.

Que peut faire l’Inde ? Avoir pitié de nous et nous allouer une ligne de crédit (dette encore), des donations pour essayer d’éponger les séquelles de la grosse gaffe de l’abolition prématurée, rapide et brutale du DTAA.

Dans tous les cas, les deux peuples – mauricien et indien – auront, d’une façon ou d’une autre, à contribuer malgré eux à ces échecs du gouvernement de Pravind Jugnauth.

* Nous assistons présentement aux tentatives des uns et des autresde se soustraire de toute responsabilité dans cette affaire. Les auditeurs de nTan ont examiné les mécanismes mis en place au sein du Groupe BAI et qui l’ont conduit à sa perte. Faut-il aller plus loin et situer par le biais d’une commission d’enquête la responsabilité des hommes politiques dans cette affaire ?

Certainement, dans tous les cas, le dossier de la BAI a été mal géré dès le départ comme je l’avais déjà dit au tout début. Le gouvernement de l’époque (début 2015) a été trop vite, trop brusque sans réaliser les dégâts qu’allaient provoquer leurs actions. Toutes les personnes bien pensantes et compétentes vous diront qu’il y avait sûrement d’autres moyens qui auraient eu comme résultat une solution aux problèmes des clients sans pour cela laisser l’institution impunie.

A mon avis, les Rawat ont sûrement fauté, le Premier ministre d’alors a aussi sûrement été maladroit, pour ne pas dire autre chose… La Banque de Maurice a aussi eu sa part de responsabilité et le gouvernement d’alors une politique de vengeance qui ne paie jamais dans de telles circonstances.

Le résultat est ce qu’on a vu, mais je peux dire qu’il y a encore des solutions dont certaines ont déjà été mentionnées en public récemment et d’autres qui sont de notre recours et le MTM – dans un éventuel gouvernement et pourquoi pas à la tête d’un gouvernement -, saura quoi faire pour compenser justement toutes ces personnes qui souffrent réellement aujourd’hui et ramener la sérénité dans ce milieu. Ils auraient tout à gagner en maintenant leur patience mais le Gouvernement doit dans l’immédiat leur faire une avance au cas par cas pour parer à leurs difficultés immédiates.

Je déplore cependant la politisation à outrance faite récemment où certains irresponsables ont profité des actions entamées par les grévistes, pour essayer de refaire leur image. C’est là qu’on devrait suivre le dicton « agir autrement ».

* Le Gouvernement subit déjà les conséquences de sa propre gestion de l’affaire du Groupe BAI. Il y aura un prix fort à payer durant des années encore. Les politiciens mais aussi les responsables des institutions régulatrices ne seront plus là pour répondre de leurs actes ou omissions. N’est-il pas aussi temps d’envisager des mesures légales de reponsabilisation de tous ceux qui dirigent les affaires de l’Etat ?

Effectivement, cela a trop duré. Depuis belle lurette, on entend le même refrain, ces liens incestueux, cette façon malsaine de la gestion des affaires et de la politique où les politiciens « infects » qui passent leur temps à se servir eux-mêmes et remplissent leurs proches tout en bénéficiant des largesses de l’Etat. Le MTM a fait deux propositions dans ce domaine.

Premièrement, la mise sur pied d’un comité permanent sous la responsabilité des légistes et experts « forensic » pour enquêter régulièrement sur les affaires louches et/ou allégations mais tout en protégeant légalement les whistleblowers, et deuxièmement, la refonte du système de déclaration des avoirs pour plus facilement cerner les abus éventuels et les cas de corruption.

Bien entendu, les sanctions dans ces cas doivent être non seulement sévères mais exemplaires et prescrites dans la législation.

* Quelle opinion faites-vous des 100 jours du ‘prime ministership’ de Pravind Jugnauth ?

Il y a eu un hijack politique du prime ministership qui pendant cent jours n’a rien réussi alors que des scandales ont fait surface et ont traumatisé notre population. Il y aura bientôt UN jour sûrement pour l’électorat qui prendra sa revanche.

* L’impression qui se dégage dès à présent, c’est que le MSM, de par sa gestion de l’affaire BAI et des autres affaires qui ont jalonné son mandat, sera – en fin de compte – dans l’incapacité de représenter un challenger sérieux pour les deux grands partis sur l’échiquier. On retournera en conséquence à la case départ – avec une lutte opposant le PTr et le MMM – ces deux partis dirigés par Ramgoolam et Bérenger respectivement…

Le MMM et surtout le PTr ont déjà été rejetés par l’électorat en décembre 2014. Leur tentative de règne en monarque, leur mépris du rôle des électeurs en démocratie a eu la raclée qu’ils méritaient. Ce n’est pas vers eux que le peuple voudrait se tourner.

Le MSM par hasard, déjà un parti construit sur l’argent pour ne pas dire l’or, n’a jamais, au plus grand moment de sa gloire, dépassé les 20%. Aujourd’hui, avec l’immoralité perçue à la base de leurs actions, les nombreux scandales, l’absence de résultats concrets, le viol de la probité par leur politique familiale inacceptable, ce parti est de nouveau fortement rejeté par la population. Bien entendu, ce n’est pas vers eux que le peuple voudrait se tourner et adhérer.

Cependant, il faut faire attention pour ne pas permettre encore une fois – à cause d’un éventuel défaut – à une politique ancienne avec Navin Ramgoolam de revenir et sûrement cette fois dans un nouvel esprit de vengeance.

Ce cercle vicieux doit s’arrêter. Le pays compte encore sur certains oiseaux rares et valables, imbibés du sens du devoir, de la discipline et de la patrie et qui devraient avoir la responsabilité de recruter bon nombre de jeunes également valables et ne demandant qu’à être bien renseignés, formés et apprenant à éviter les erreurs et surtout à ne pas répéter les gaffes du passé et du présent.

Le MTM travaille de concert avec le PMSD de Xavier Duval. Il y a tous ces gens de bonne volonté, ayant de vraies valeurs qui aujourd’hui se retrouvent peut-être dans d’autres structures ou formations. D’autres encore émergent carrément sur le plan individuel ou en petits groupes bien inspirés. On voudrait les guider dans ce long parcours vers un avenir sûr et meilleur dans une République transformée où les MURS tomberont pour faire place aux PONTS qui relieront les diverses composantes d’une société unie, forte et dont nous serons toujours fiers.

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