Interview Jean Claude de l’Estrac

Interview : Jean Claude de l’Estrac, Secrétaire général de la COI

« Un dirigisme éclairé à la Lee Kwan Yew n’aurait fait de mal à personne

mais cela doit aussi correspondre à des valeurs partagées par tous »

* « Il n’y aura pas de télévision privée à Maurice, il y en a à Madagascar »

* « La COI propose, elle est un facilitateur, un catalyseur. La décision revient aux Etats. L’erreur serait de continuer, chacun de son côté, à chercher à se dépêtrer de ses problèmes »

Jean Claude de l’Estrac, Secrétaire général de la Commission de l’Ocean Indien (COI) nous parle, dans l’interview de cette semaine, du rôle et des grands chantiers annoncés depuis sa nomination a la tête de la Commission tels que l’amélioration de la connectivité entre les îles dans cette partie du monde avec la mise en place d’une ligne maritime régionale et la création d’une compagnie aérienne régionale.

Il aborde également le volet politique concernant surtout les élections tenues dans la Grande Ile, le 25 octobre dernier. Cela est, affirme-t-il, « signe annonciateur d’une volonté de tous les Malgaches de renouer avec la stabilité politique, sociale et économique ». Entre autres sujets d’actualités, Jean Claude de l’Estrac nous livre aussi son point de vue sur une télévision privée nationale, les radios privées et l’influence des médias à Maurice.

 

Mauritius Times : Vous disiez lors de la cérémonie de passation des pouvoirs entre le Secrétaire général sortant de la COI – Callixte d’Offay – et vous-même, que vous souhaiteriez valoriser le rôle et les multiples activités de la Commission de l’Océan Indien et les rendre « plus lisibles, plus visibles, plus audibles ». L’homme des médias que vous avez été saura atteindre ces objectifs de visibilité, mais qu’en est-il des grands chantiers annoncés alors tels que l’amélioration de la connectivité entre les îles avec la mise en place d’une ligne maritime régionale et la création d’une compagnie aérienne régionale ?

Jean Claude de l’Estrac : J’ai toujours pensé que ce qui n’a pas été réalisé durant la première année d’un mandat ne le sera pas. C’est pourquoi dès ma prise de fonctions, nous nous sommes attelés à avancer vite sur le chantier de la connectivité.

Sur le plan de la desserte maritime, nous avons organisé plusieurs ateliers de travail réunissant les représentants des gouvernements de nos pays membres et ceux du secteur privé, notamment les transporteurs maritimes régionaux. Aujourd’hui la mise en place d’un système de cabotage maritime régional n’est contestée par personne. Nous en sommes à discuter du comment.

Je reviens d’un voyage en Chine où j’ai rencontré les hauts représentants du très grand groupe maritime chinois, COSCO qui a réitéré son intérêt. D’autres groupes sont tout aussi intéressés. Je rencontre la semaine prochaine le nouveau secrétaire financier de Maurice pour lui remettre un dossier sur la question.

L’approche que nous préconisons est collective même si en définitive le choix du port d’éclatement régional sera largement décidé par le ou les opérateurs privés intéressés. Il faut faire vite, la tendance mondiale dans le secteur du transport maritime pourrait marginaliser l’Indianocéanie. La concurrence des ports de la façade est-africaine doit nous amener à agir de manière concertée, à placer l’Indianocéanie sur la carte mondiale des échanges, particulièrement entre l’Afrique et l’Asie, et à créer un espace régional cohérent, desservi par un système de cabotage régional.

Je rappelle que ce projet sera d’autant plus porteur lorsque Madagascar exploitera pleinement son potentiel agricole. La Grande Ile peut fournir les volumes nécessaires à l’entrée en opération d’une compagnie maritime régionale.

* Et sur le plan de la connectivité aérienne ?

Cette question est directement liée à la compétitivité de la région et de son industrie touristique en particulier. Notre région n’attire que 2 millions de touristes sur 500 millions de voyageurs qui prennent l’avion dans le monde. C’est infime et préoccupant compte tenu du potentiel. Tous les acteurs qu’ils soient de l’aviation civile, du tourisme et des industries d’exportation, partagent le même avis : le statu quo n’est pas une option. Je rappelle néanmoins que la COI ne décide pas : nous avons fait l’inventaire des options, nos Etats devront se décider. Partout ailleurs dans le monde de l’aviation commerciale, on parle d’alliances, de partenariats, de fusions. A l’inverse, dans l’Indianocéanie, le contre-modèle qui prévaut est celui d’une offre morcelée, d’une compétition dangereuse pour l’économie régionale entre des petites compagnies nationales fragiles sur des marchés restreints. Les petites embellies épisodiques ne doivent pas nous inciter à « bouz fix ». De toute façon, nous pensons que la stratégie aérienne de nos pays membres ne devrait pas être dictée par les intérêts de court terme de leurs compagnies aériennes.

Dans le sillage du symposium international que nous avions organisé au mois de mai, nous préparons à l’attention des décideurs un document, « Les ailes de l’intégration », qui fait le point sur la question.

* Il y a aussi la connectivité numérique…

En effet. Nous venons de tenir une conférence régionale les 23 et 24 octobre 2013 avec les professionnels du secteur, les représentants des partenaires de développement, les régulateurs et représentants de nos pays membres. Plusieurs études montrent qu’une augmentation de 10% de la pénétration des services de large bande passante au sein de la population se traduit par un gain de croissance de +1,4%. Il ne fait donc aucun doute que la marginalisation numérique de l’Indianocéanie affecte et affectera de plus en plus l’économie régionale si l’infrastructure n’est pas améliorée et surtout si la qualité n’est pas rehaussée. Nos pays progressent, mais pas suffisamment. Voyez les pas de géant que fait par exemple un pays comme le Kenya. Nous sommes en pourparlers avec l’Union européenne qui, dans sa stratégie d’aide au développement sous le 11e FED, fait de la connectivité numérique une priorité. Nous comptons fortement sur son soutien.

* On ne peut certes nier la complexité de l’enjeu visant à améliorer la connectivité entre les îles. Diriez-vous toutefois que ces idées font leur chemin et qu’il existe déjà un large consensus politique au niveau des Etats membres en faveur de ces projets ?

Oui, ces idées font indéniablement leur chemin. Les décideurs sont, je crois, sensibles aux arguments avancés par la COI. Cela dit, nous devons encore convaincre de la plus-value de l’approche collective. Il faut composer avec les intérêts particuliers des Etats, des entreprises publiques. Comme je vous le disais, la COI propose, elle est un facilitateur, un catalyseur. La décision revient aux Etats. L’erreur serait de continuer, chacun de son côté, à chercher à se dépêtrer de ses problèmes, c’est malheureusement ce qui est en train de se passer en matière de desserte aérienne.

* Il y a également les questions par rapport à la stabilité régionale et le règlement de la crise malgache qui sévit depuis 2009 et qui affecte la population et tout le tissu socio-économique de la Grande Ile. Le processus de sortie de crise à Madagascar est-il, selon vous, en bonne voie ?

Ce processus a été long et difficile mais les Malgaches, avec le soutien de la communauté internationale, ont réussi à dépasser les points de blocage. A ce titre, la COI a joué un rôle constructif et dynamique, reconnu par les parties malgaches et la communauté internationale. Par exemple, la restructuration de la Cour électorale spéciale, suite à la validation des candidatures contestées, est une idée émise par la COI, et acceptée par les parties malgaches car elle repose sur le strict respect des lois du pays.

Globalement, le premier tour des élections du 25 octobre dernier s’est bien passé. Ce scrutin a été fiable, crédible et transparent. C’est le signe annonciateur d’une volonté de tous les Malgaches de renouer avec la stabilité politique, sociale et économique. Certes, des faiblesses ont été notées et le second tour devra permettre d’y remédier. La COI, comme au premier tour, enverra une délégation d’observateurs.

Madagascar est une chance pour l’Indianocéanie. A lui seul, ce pays concentre 90% des terres agricoles et 95% de sa population composée majoritairement de jeunes de moins de 20 ans. Le potentiel malgache est indéniable je crois que nous ne mesurons pas suffisamment quelle chance serait pour un pays comme Maurice une Grande Ile stable et en développement.

* Au-delà de la réalisation des ambitions d’intégration régionale des pays membres de la COI, il existe un consensus à Maurice tant parmi les décideurs politiques qu’au sein de la communauté des opérateurs économiques en vue de favoriser la régionalisation et une extension des frontières économiques de Maurice en Afrique, cela en raison des incertitudes et vicissitudes de la crise dans la zone euro. Quelle opinion faites-vous des initiatives mauriciennes dans ce contexte ?

Maurice, comme les autres pays ACP membres de la COI (Comores, Madagascar et Seychelles, NdlR), est membre du Marché commun d’Afrique orientale et australe (COMESA) et/ou de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC). Il est tout à fait naturel que nos pays membres voient dans l’Afrique en croissance un potentiel de développement exogène.

Je vois cependant quelques facteurs qui pourraient limiter cette expansion. Les marchés d’Afrique orientale et australe, et même au-delà, sont contrastés. La classe moyenne africaine est encore en voie de structuration. La concurrence chinoise, indienne, brésilienne, turque aussi, en plus de la présence de longue date des opérateurs européens et américains, est aussi un élément à prendre en compte. Et surtout, il existe peu de lignes aériennes directes avec le continent. Ces liaisons sont globalement chères et obligent de passer par des hubs tels que Dubaï ou Johannesburg.

Au fond, malgré le potentiel de croissance en Afrique pour les entreprises mauriciennes, l’Europe restera pour quelques années encore le principal marché. Mais quelques niches ici et là suffiront à notre bonheur.

* Le potentiel de croissance du continent africain ne peut être négligé, et certains pays dont Maurice, vont sans doute favoriser l’agenda régional. Pensez-vous que les initiatives, au niveau de la COI, en faveur de l’intégration régionale vont éventuellement aider à soutenir cet agenda régional ? Comment ?

L’intégration régionale de l’Indianocéanie est un passage obligé. Notre géographie conditionne nos ambitions. Comment s’arrimer de manière compétitive à l’Afrique si notre sous-région insulaire et océanique n’est pas intelligemment intégrée ? La priorité que nous avons donnée à la connectivité va justement dans le sens d’une intégration de l’Indianocéanie à l’Afrique orientale et australe en croissance, et aussi dans le sens d’une insertion durable de nos économies dans la mondialisation.

L’Indianocéanie est une région océanique. La problématique infrastructurelle ne se pose pas toujours de la même manière dans nos pays membres et dans les pays continentaux. Le désenclavement de nos économies et l’amélioration de la compétitivité régionale passent avant toute chose par une redéfinition de la connectivité régionale.

* Vous aviez aussi plaidé en juillet 2012 en faveur d’une chaîne de télévision régionale — « une plateforme d’échanges culturels et économiques, le forum où les peuples de l’Indianocéanie se parlent à eux-mêmes et s’adressent au monde». Où en est-on ? La diffusion de « news » ne poserait pas de problème, n’est-ce pas ?

Une télévision régionale serait un formidable outil d’intégration régionale car c’est par la communication que nos peuples apprendront à mieux se connaître et à développer un sentiment d’appartenance fort à l’Indianocéanie. Elle serait aussi une vitrine pour nos talents, nos entrepreneurs. Ce sera le moyen par lequel les peuples de l’Indianocéanie se parlent mais aussi parlent au monde. En matière de promotion d’intégration régionale, je ne connais pas d’outils plus puissants.

C’est bien entendu un projet complexe mais nous avançons. Nous sommes toujours en train d’analyser diverses options. A la demande de nos Etats, nous avons commandité une étude complémentaire. Il y a des options privées, mais il est tout aussi possible qu’une station de service public de l’un des Etats membres porte le projet avec le soutien de la COI. D’ici trois mois, nous serons définitivement fixés.

* Le Secrétaire général de la COI, qui a été homme des médias durant de longues années, se fait sans doute une opinion sur ce qui sera autorisé et ce qui ne le sera pas sur la télévision privée annoncée dans le dernier budget de la République de Maurice ?

Dans ce qui est proposé, je ne vois pas du tout l’émergence d’une télévision privée. Une télévision privée n’existera que lorsqu’elle aura démontré sa rentabilité financière, elle-même tributaire de l’audience qui lui apportera des revenus publicitaires. Vous savez, nous sommes en train de parler d’un investissement de Rs 500 millions. Ce n’est pas gagné compte tenu de notre marché étriqué. Et dans l’état actuel du marché mauricien, seule une chaîne capable de concurrencer MBC 1, notamment dans le domaine de l’information et des affaires courantes peut espérer survivre.

Il n’y a pas de demandes pour des chaînes thématiques de divertissement largement comblées par les chaînes satellitaires et par les nombreuses chaînes de la MBC. Les téléspectateurs mauriciens ne cherchent pas plus de sport ou plus de divertissement, l’offre est déjà pléthorique. Les bouquets satellitaires font des offres de qualité à moins de Rs 1 000 par mois. La MBC, quant à elle, a étoffé sa programmation qui répond aux attentes des amateurs de sport et de divertissement. C’est donc au niveau de l’information que la question se pose. Je dirais même qu’elle se pose surtout sur le plan de la démocratie.

Une télévision privée nationale doit pouvoir proposer, en regard de la MBC, une information, indépendante, innovante dans le format. Réponse courte : il n’y aura pas de télévision privée à Maurice, il y en a à Madagascar…

* Traditionnellement, c’est surtout à la télévision que l’on attribue un grand pouvoir d’influence. Et c’est très probablement la façon dont l’information est traitée par les radios privées qui rendrait les politiques frileux par rapport à la diffusion des « news » par une éventuelle télévision privée. Qu’en pensez-vous ?

C’est un fait : les radios privées ont conduit à une libération de la parole et elles sont un instrument de la vie démocratique. Il faut apprendre à vivre avec même si ce qu’elle nous apprend chaque jour sur la culture civique des Mauriciens devrait nous préoccuper. Mais elle a fonction d’exutoire, il faut la prendre comme telle.

Le problème n’est pas tant la façon dont l’information est traitée par les radios privées, comme vous dites, mais surtout le fait que les hommes politiques ont encore du mal à s’adapter à l’outil et à développer des stratégies de présence et de riposte. Ils croient que la communication, c’est une conférence de presse rituelle, trente minutes tous les sept jours… alors que nous sommes dans l’ère de l’info en temps réel.

La télévision c’est encore autre chose. C’est l’image, et l’image c’est le capital le plus important que possède l’homme politique. L’image a un grand pouvoir, les hommes politiques le savent et quand ils en ont le moyen ils n’hésitent pas à vouloir le contrôler quitte à faire des entorses à la démocratie. Il n’y a pas encore dans nos jeunes et imparfaites démocraties la notion de service public que l’on voit honorer dans les démocraties matures.

* Quelle opinion faites-vous de l’influence des médias privés et de la MBC sur l’opinion publique dans le contexte mauricien avec ses spécificités propres au pays ? Pensez-vous que les politiciens se font une appréciation juste de l’influence des médias ou ont-ils tort de surestimer sa capacité d’orienter les choix politiques des Mauriciens et de nuire à leurs intérêts?

Quel que soit le ou les partis politiques au pouvoir, les médias indépendants essuient systématiquement des attaques. La presse libre remplit sa mission non pas lorsqu’elle se contente de répercuter ce qui a été dit mais en cherchant à savoir ce qui ne l’a pas été, en mettant en perspective l’information. Dans les écoles de journalisme, on apprend que l’information c’est ce que quelqu’un quelque part nous cache. Ce n’est pas une posture susceptible de plaire aux politiques. Mais ce n’est pas moi qui prétendrai pour autant que la curiosité journalistique est une arme à tuer les politiciens. Je les vois vivants et bien portants.

* Une télévision privée nécessitera de gros investissements à hauteur de plusieurs dizaines de millions de roupies venant principalement des financiers privés. Il y a déjà certains groupes dans le business qui ont montré un certain intérêt dans la presse. Estimez-vous réel le risque que les différents médias peuvent être instrumentalisés par des groupes très puissants dans le monde des affaires qui essayeront de « se faire entendre dans l’espace public, non seulement pour diffuser leur discours, mais aussi pour récolter des gains et autres rentes financières, » etc. ?

Et alors ? Faire entendre leurs discours matin, midi et soir serait la prérogative des seuls princes qui nous gouvernent ? Sous quel régime ? En vertu de quel principe ? Pourquoi ceux qui pourraient avoir un discours autre n’auraient pas le droit de le faire entendre ? Et pourquoi n’auraient-ils pas le droit de proposer un produit que le consommateur-téléspectateur aurait le loisir de prendre ou de ne pas prendre ? Je n’ai qu’une exigence : la transparence. Nous avons le droit de savoir qui nous propose quoi. Et de décider ensuite librement.

* … les gauchistes diront que c’est la démocratie qui sera ainsi prise en otage par le ‘big business’ ?

Les gauchistes ne disent plus rien, ils sont inaudibles…

* « Les marchands ambulants gouvernent Maurice »… cela résume en quelques mots le sentiment d’un bon nombre d’internautes sur les réseaux sociaux en ce qui concerne l’affaire des marchands ambulants, un problème qui perdure de manière intolérable depuis des années. Ni les municipalités ni le gouvernement ne semblent vouloir prendre le taureau par les cornes. L’ancien maire de la Municipalité de Beau Bassin-Rose Hill dira que les hommes politiques – de tous bords – sont eux-mêmes « part of the problem » dans ce cas particulier et dans bien d’autres circonstances ?

C’est un énorme scandale. Depuis vingt ans, à chaque rendez-vous, l’électoralisme étouffe le courage politique.

* Si je ne me trompe pas, vous disiez à l’époque que Maurice a grandement besoin d’un « gouvernement fort », du moins d’un leadership national fort qui n’est pas pris en otage par quelques lobbies ou même ses élites et qui puisse donc aller plus loin, plus vite, plus fort dans les travaux de construction de notre avenir. On ne parle pas de dictature, mais faut-il pour cela d’un système représentatif qui puisse permettre l’émergence des hommes valables de diriger un tel gouvernement ?

Je n’ai pas changé d’avis. Et mon modèle est toujours le même au grand dam de mes amis démocrates. Je continue à penser que pour un pays comme le nôtre un dirigisme éclairé à la Lee Kwan Yew n’aurait fait de mal à personne. Mais cela doit aussi correspondre à des valeurs partagées par tous. La réussite de Singapour repose sur un ensemble de valeurs fondamentales, appelée « asiatisme », qui a irrigué le leadership de Lee Kwan Yew. Ces valeurs suivent deux principes forts : la primauté de l’intérêt général et la discipline. Qui est contre ?

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