« Ni Ramgoolam, ni Bérenger n’ont le choix – l’alliance Rouge-Mauve est toujours on »

Interview: Kadress Pillay

« Que ce soit demain ou en novembre 2015, Ramgoolam ne se fait aucun souci pour ce qu’il est de battre le Remake I à plate couture. Quant au Remake II, la question ne se pose même pas »

Les zigzags peuvent enflammer, décevoir les uns et les autres mais le remake n’est -il pas dans la tradition mauricienne? Qui en dira le contraire?

A croire que la caravane continuera son bonhomme de chemin. A se demander aussi que pour l’heure quelle figure emblématique a émergé pour se substituer à ceux qui discutent, qui proposent et qui disposent… Kadress Pillay, ancien ministre, fait un constat des remakes qui ont créé une situation floue dans le pays.

Mauririus Times: Kadress Pillay, Jean Claude de l’Estrac disait à l’hebdo Weekly récemment que “in this (political) game, it is a question of ‘Next, please’. A la lumière des événements de ces derniers jours, de quoi sera constitué ce ‘next” selon vous ?

Kadress Pillay: Harod Wilson, ancien Premier ministre britannique disait: ” A week is a long time in politics.” J’irai plus loin: dans le contexte local: ‘A night is an eternity in politics.’ Je m’explique: Les considérations subjectives sont légion – classe, communauté, caste et cash ! On entre en politique essentiellement pour le pouvoir. Certains se l’approprient pour faire le bonheur des autres, d’autres pour le bonheur de certains et d’autres encore pour leur bonheur personnel. Tout le remue-ménage de ces derniers jours tourne autour de l’acquisition ou la conservation du pouvoir.

* Mais ce ‘next’ sera constitué de quoi? Remake I, Remake II, ou pas de Remake ?

Si vous m’aviez posé la question, il y a deux semaines, je vous aurais dit: Les jeux sont faits !

* Ce qui veut dire… ?

L’alliance Rouge-Mauve est déjà on.

* Je vous pose la question aujourd’hui.

Au risque de vous surprendre, je vous dirai : L’alliance Rouge-Mauve est toujours on.

* Ne prenez-vous pas vos désirs pour la réalité ?

Non. Parce que Ni Ramgoolam, ni Bérenger n’ont le choix.

Avec le Remake I, mon analyse m’oblige à donner Ramgoolam gagnant. Et c’est quelque chose que Bérenger ne saurait ignorer, étant trop fin politique.

* Mais que faites-vous des partisans du MMM, qui semblent être contre une alliance Rouge-Mauve ?

C’est là où nombreux sont ceux qui se trompent. Depuis 45 ans, les militants ont toujours suivi les décisions de Bérenger. Et croire que cela va changer, c’est faire preuve de naïveté. A ce jour, Bérenger ne s’est pas encore donné la peine de convaincre ses partisans. Et quand il le fera, les quelques voix dissidentes rentreront dans les rangs.

* Pourquoi êtes-vous si affirmatif au sujet d’une alliance rouge-mauve ?

Parce que c’est la plus logique. Le MMM et le PTr sont les deux grands partis de Maurice. Je vois mal Bérenger faire plus confiance au clan Jugnauth qu’à son ami de toujours, Ramgoolam. En fin de parcours politique, je vois mal Bérenger prendre le risque d’un choix qui ouvrirait les portes du prime ministership à son « petit frère » ou « petit crétin » suivant son humeur du moment. Mettre les Jugnauth au pouvoir, c’est barrer la route à la montée en puissance de sa fille Joana. Ce qui répond à la question Remake 2, n’est-ce pas ?

* La vengeance, qu’est-ce que vous en faites ?

La question de la vengeance ne se pose même pas. Si vengeance il devait y avoir, Bérenger a autant de raisons d’en vouloir à Jugnauth qu’à Ramgoolam : Cassure de 1983 contre cassure de 1997. Celle de 83 a été beaucoup plus traumatisante pour Bérenger. Alors que ce même Bérenger reconnaît qu’il avait sa part de responsabilité dans les événements de juin 1997. Je me permets d’y ajouter une touche personnelle: j’ai fait partie du quinquennat 1995 – 2000. J’ai vu à quel point Ramgoolam était anéanti par l’obligation de se séparer de Bérenger. Quand on parle de chemistry, j’ai pu constater que l’amitié Bérenger-Ramgoolam était une chose tangible.

* Et que pensez-vous sur ce qui semble être le Plan B de Paul Bérenger qu’il s’active à mettre en place depuis sa déconfiture suivant l’échec des négociations avec Ramgoolam : mettre Jugnauth au Réduit avec un pouvoir accru, lui-même Bérenger Premier ministre et Pravind comme Deputy Prime Minister ?

Je refuse d’admettre “l’échec des négociations”, c’est davantage, à mon avis, un breakdown, mais c’est temporaire. Pour moi, c’est la solution que et Bérénger et Ramgoolam ont choisie pour gagner du temps afin de pouvoir convaincre chacun sa troupe respective. Quand les leaders de deux grands partis se mettent à discuter, il n’arrive jamais que le consensus soit trouvé au cours de ce que j’appellerai des entretiens préliminaires. Pour ceux qui ont suivi les déclarations de Ramgoolam, il ne fait pas de doute que les possibilités d’entente sont toujours présentes. D’autre part un homme de l’envergure de Bérenger ne peut pas ne pas admettre qu’il lui faut prendre du recul et se dépasser pour servir le bien commun. Le choix de Bérenger se résume à deux choses: soit œuvrer pour pérenniser un régime parlementaire usé, soit participer à la naissance d’une gouvernance qui réunit toutes les composantes de la Nation pour le bien-être de chacun, donc pour la stabilité politique.

* Les militants ont voté avec une abstention et 40 voix pour la fin du Remake 2000, tout en se disant favorables à une nouvelle alliance sur de nouvelles bases avec le MSM, C’était lors de la rencontre du bureau politique du MMM lundi dernier. Voyez-vous SAJ accepter ces “nouvelles bases” en tant que « junior partner » avec une répartition des tickets 34 MMM et 26 MSM ?

Ce vote massif pour la fin du Remake 2000 vient confirmer que l’emprise de Bérenger sur son bureau politique et sur son électorat est totale et que l’ensemble du Bureau Politique du MMM est manifestement anti-Remake. A partir de la, il me semble impossible pour le MMM de s’associer avec le clan Jugnauth.

Bérenger reste le leader incontesté et incontestable. Lui demander de rester en retrait est, de mon point de vue, un non-sens. Je pense que pour Ivan, c’est la manifestation d’une colère que je pense passagère. SAJ n’est pas en position de force pour “négocier”. Tout ce qu’il est en mesure de faire, c’est de brandir la menace d’une alliance PTr-MSM.

* Mais c’est quand même pas juste ce que les Jugnauth et Bérenger ont fait : ils ont piqué la Deuxième République de Ramgoolam pour construire leur Remake II. Et ce sera peut-être plus facile pour SAJ à vendre cela auprès de l’électorat (en raison des pouvoirs dont il disposera) qu’il ne l’aura été pour Ramgoolam avec son alliance avortée avec le MMM. Qu’en pensez-vous ?

Juste ou pas juste, c’est sans importance. D’ailleurs, comme je vous l’ai déjà dit, l’alliance Rouge-Mauve est imparable. Pour les autres aspects du jeu de pouvoirs, tout n’est que spéculation.

* Les raisons qui auraient poussé Ramgoolam à engager des négociations avec Bérenger – c’est à dire une possible défaite face au Remake I – sont toujours présentes, paraît-il. Il semblait même à certains moment l’avoir intériorisée. Quelles sont ses chances face au Remake II ?

Des instances qui nous dépassent ont jugé une réforme électorale nécessaire. C’est la seule raison de la parution du White Paper. C’est également la seule raison des discussions Ramgoolam-Bérenger. Je l’ai dit et le redis. Que ce soit demain ou en novembre 2015, Ramgoolam ne se fait aucun souci pour ce qu’il est de battre le Remake I à plate couture. Quant au Remake II, la question ne se pose même pas. Mais Ramgoolam tient à ce que ce soit lui qui amène la réforme électorale, et cela dans les meilleures conditions possibles. D’où l’alliance entre les deux partis politiques les plus importants de notre paysage politique.

* Deux points de désaccord qui, semble-t-il, auraient fait capoter les négociations Ramgoolam-Bérenger : le mode de désignation du Président de la République et la réforme électorale elle-même par rapport au nombre d’élus (PTr 62 FPTP – 16 Proportionnelle), MMM (62 FPTP – 28 Proportionnelle). On peut penser que Ramgoolam a tort par rapport à l’élection du Président par suffrage universel et que Bérenger l’est également par rapport aux parlementaires qu’il souhaiterait faire élire par le biais de la Proportionnelle. Qu’en pensez-vous ?

Nous avons en face de nous deux leaders politiques, il ne faut pas l’oublier. Le désir de faire avancer le pays est indéniable chez chacun des deux. Je suis persuadé que Bérenger va s’aligner sur la position de Ramgoolam pour ce qui de la réforme électorale ou de l’élection du Président au suffrage universel. Et que Ramgoolam fera le geste d’augmenter légèrement le nombre d’élus à la Proportionnelle. Il y a un fait à considérer: Ramgoolam a plus une culture du Pouvoir et Bérenger celle de ‘Opposition.

Plus le nombre d’élus à la Proportionnelle est élevé, plus cela arrange l’Opposition. Il y a un trade-off dont il est impossible de faire l’économie car il s’agit d’une logique indéniable: plus d’élus à la Proportionnelle va de pair avec plus de pouvoirs présidentiels. Et qui dit plus de pouvoirs dit plus de “accountability” vis-à-vis de la Nation, donc plus de représentabilité, donc plus de légitimité, c’est à dire une élection où le dernier mot revient à la Nation. D’où la proposition de Ramgoolam pour l’élection du Président au suffrage universel.

Dans le contexte du moment, ce serait plus simple pour Ramgoolam d’accepter que le Parlement désigne le Président de la République. Mais démocrate dans l’âme, il choisit, à son détriment, peut-être, de laisser à la Nation le soin de décider du choix de son Président aux pouvoirs accrus.

* Pour revenir à la répartition des tickets sur une base de parité (ce que Bérenger a recherché auprès de Ramgoolam, et Jugnauth auprès de Bérenger), vous le savez sans doute grâce à votre parcours politique que la politique est une affaire de pouvoirs, de rapports de forces, de « competing interests ». Avec deux fortes personnalités à la tête du pays – qu’ils soient Ramgoolam, ou Jugnauth ou Bérenger – il n’est pas évident qu’un tel accord puisse promouvoir la stabilité du pays ?

Notre système constitutionnel repose sur des assises institutionnelles qui ont démontré leur capacité de nous garantir la stabilité politique. Dans un scénario de Réforme Electorale et de Deuxième République notre souci majeur c’est de nous assurer que cette stabilité institutionnelle reste prioritaire. La distribution des tickets, dans une alliance, devrait refléter la force électorale des partis politiques en présence.

Pour revenir à la réforme électorale, quelle que soit la décision finale arrêtée par les deux grands leaders, l’amendement constitutionnel doit assurer la stabilité dans l’après-Paul Bérenger et l’après-Navin Ramgoolam.

* Ramgoolam a-t-il, selon vous, un Plan B.

Ramgoolam reste et restera l’élément incontournable sur l’échiquier politique à Maurice. Le Parti travailliste également. Donc, Ramgoolam n’a nul besoin d’un Plan B, puisqu’il va gagner à touts les coups – que ce soit face au Remake I ou Remake II ou dans une lutte à trois.

* Une question personnelle, si vous le permettez : seriez-vous partant pour un autre mandat parlementaire ou ministériel ?

Il appartient au leader du PTr de décider de me confier des responsabilités nationales ou non.

 


* Published in print edition on 1 May 2014

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