Malheurs

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40% des Mauriciens ne sont pas accrochés à un quelconque parti politique. Ils se situent hors du schéma traditionnel en termes de comportement électoral

On a tort de se moquer du malheureux vice-premier ministre Soodhun lequel, il est vrai, excelle dans l’art de surprendre plus d’un. En consultant Wikipédia sur le Qatar, on peut lire avec un certain étonnement que, je cite, « l’Arabie Saoudite, les EAU, l’Egypte, le gouvernement yéménite d’Abdrabbo Mansour Hadi, le gouvernement libyen de Tobrouk, la Mauritanie, les Maldives, les Comores et l’île Maurice annoncent à partir du 5 juin 2017 la rupture avec le Qatar ». C’est donc son fameux communiqué qui a été retenu alors que celui, dit-on, officiel du gouvernement semble être parti à la poubelle !

Il faut dire aussi que le Premier ministre, lui, au moins, reconnaît la grande valeur de Soodhun. C’est la raison pour laquelle ce dernier n’est pas inquiet. Il est vrai que le malheureux Pravind Jugnauth en a bien besoin à un moment où le pays sombre dans un abysse infernal où tous les feux sont au rouge vif…

Pire pour ce malheureux Premier ministre : l’adage « gardez moi de mes amis, mes ennemis je m’en charge » prend tout son sens. Je pense à cette palanquée d’ « amis » louches et loufoques. Il faut dire qu’il ne peut rien contre ces « amis ». Précisons que sur cette liste figurent certains élus particulièrement doués en matière de chantage, du  genre « si tu me touches, je démissionne et bonne raclée à la partielle ». Du coup, il se met en mode défensif et ce sont ses « ennemis » qui en bavent : les journalistes et, bien évidemment, celui qui hante ses nuits et jours – vous avez évidemment deviné de qui il s’agit.

Et ce n’est pas fini. Voilà qu’un autre de ses amis, en l’occurrence Somduth Dulthumun, qui enfonce le clou – je n’emploierai pas le mot « claque »,  cher à notre PM. L’ex-président de la Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation (MSDTF), davantage connu pour ses prises de position politique les unes plus virevoltantes que les autres, tour à tour proche de SAJ, de c et de Pravind Jugnauth, vient de subir une défaite après quinze ans de règne.

2014 avait déjà démontré de manière éclatante que les repères électoraux d’hier ne sont plus les mêmes que ceux d’aujourd’hui. Certaines choses « immorales », acceptées ou tolérées hier, ne le sont plus aujourd’hui. Ainsi, ces relations ambiguës qu’entretenaient les dirigeants de certaines organisations socioculturelles avec le pouvoir politique du jour sont clairement condamnées avec le renouvellement de l’équipe dirigeante de la Mauritius Arya Ravived Pracharini Sabha (MRAPS) et la MSDTF. Nous sommes bel et bien rentrés dans une ère d’alternances animée par une nouvelle composante de notre population.

Selon plusieurs analyses dont l’étude de l’ORAC (Opinion Research Analysis Consult) de mai 2016, il y a, en gros, 40% des Mauriciens qui ne sont pas accrochés à un quelconque parti politique (fixed deposit). Ils se situent hors du schéma traditionnel en termes de comportement électoral. Tout parti politique gagnerait à inclure cette nouvelle donne dans son logiciel. Ainsi le PTr aurait tort d’essayer, suite à la défaite de Dulthumun, de tirer la couverture à son parti. En politique, surtout, les malheurs des uns ne font pas nécessairement le bonheur des autres.

Pour terminer, je tiens à rappeler que lors de mon dernier article, j’avais effectivement affirmé avec force conviction qu’il n’y aura pas d’élections anticipées. Même Bérenger qui y croyait dur comme fer a revisité sa boule de cristal pour annoncer des législatives anticipées en cas de deuxième démission des rangs de Lepep – qu’il prévoit.

J’insiste lourdement : cela n’arrivera pas aussi longtemps que l’Alliance Lepep restera majoritaire au parlement. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, c’est bien Bérenger – même pas leader de l’opposition — qui possède la clef. C’est lui qui peut décider de la tenue des élections anticipées. S’il dit oui à un Remake 2000 ! C’est la seule bouée de sauvetage du MSM. Avec comme seul partenaire le ML de Collendavelloo, c’est la défaite assurée pour le MSM.

D’ailleurs, si Lepep (MSM-ML) ne présente pas de candidat à la partielle, cela signifierait reconnaissance claire de déconvenue. Une alliance avec le PTr ou encore le PMSD est impensable. Reste donc le MMM.

Dans tous les cas de figure, pour des raisons tactiques, Bérenger laissera planer le doute. Mais s’agissant d’un « Remake revival », avec ou sans promesse de Pravind Jugnauth d’offrir les élections anticipées en cas de réconciliation, c’est une autre histoire et, sincèrement, je n’y crois pas. Bérenger a dû suivre avec attention les élections à la MSDTF qui confirment la tendance de 2014 : certaines choses ne sont plus tolérées.

 

  • Published in print edition on 25 August 2017

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