Nita Chicooree-Mercier

Carnet Hebdo

Mise-à-l’écart

Il ne s’agit pas de profiter de la journée annuelle dédiée à la femme pour concentrer des tirs d’Amazones revendicatrices sur un système sociétal dominé par le patriarcat à travers le monde et dont les excès ont été, jusqu’à présent, dévoilés avec modération et pudeur sur la scène internationale. Ces excès sont néanmoins des sujets de commentaires et de discussions à longueur d’année chez celles qui sont sensibles à la cause de la femme.

Au passage, rappelons comment la prise de parole par l’homme a perpétué le portrait négatif véhiculé par les écritures dites ‘sacrées’ aussi bien que par le discours profane sur tous les défauts censés être incarnés par la femme. Dès un très jeune âge, ces clichés négatifs nous agacent sérieusement et, à l’adolescence, ils nous font franchement sourire. Enfin, un peu de maturité nous donne les moyens de voir clair dans l’origine de cette vision de la femme à travers le prisme masculin. Il n’est pas difficile de voir comment l’homme a projeté ses propres faiblesses sur la femme et lui a collé des attributs dénigrants et dévalorisants.

D’abord, la faiblesse liée au sexe. Casse-tête millénaire pour les bonshommes : ce sexe gourmand et exigeant dont le besoin demande à être satisfait toute l’année tandis que dame Nature a doté les autres mâles du monde animal d’une saison des amours. Avec quelle faiblesse, l’homme succombe à la tentation de la chair et peut en devenir l’esclave ! Et il s’arrange pour que la femme soit diabolisée d’autant plus que c’est le seul champ d’activité où, au grand dam de l’homme, il lui faut le consentement de l’autre sexe alors qu’il peut modeler et transformer tout son environnement naturel à sa guise. Tourmenté par ce fardeau contrariant qu’est le désir sexuel, il a transposé son mépris et son dégoût sur la femme.

Pire encore, en contemplant son nombril et le bas-ventre dans son égocentrisme, l’homme n’a pas pris la mesure du désir féminin ou il l’a tout simplement relégué au second plan; la libération des mœurs a apporté une connaissance assez superficielle de l’autre sexe. L’idée même que l’autre, aussi, puisse avoir des désirs complique les choses. Et quand le carcan moralisateur et religieux s’y mêle pour ériger le sexe masculin en maître, on peut s’attendre à toutes sortes de stratagèmes pour privilégier l’homme.

L’exemple le plus récent est la grande trouvaille des conservateurs religieux au pouvoir en Tunisie. Ils ont trouvé comme solution pour répondre à la fougue des jeunes gens ‘le mariage temporaire’, pratique très courante dans le milieu estudiantin, qui permet aux jeunes hommes d’entretenir une liaison passagère avec une jeune femme et d’y mettre un terme à leur guise. Comme si le fait de bénir une liaison temporaire est forcément différent de ces unions libres tant méprisées des sociétés modernes. Et aux sociologues et autres assistants sociaux de gérer une nouvelle situation sociale épineuse lorsque des enfants illégitimes naissent de ces ‘mariages temporaires’, abandonnés par leur géniteur.

Toutefois, un mouvement important se dessine chez les intellectuelles du Moyen Orient qui ouvre l’espace religieux aux femmes et leur permet de devenir imams et d’approprier l’autorité d’officier dans les cérémonies religieuses. Ce mouvement gagne du terrain au-delà des frontières du Moyen Orient et il est intéressant de suivre l’évolution des sociétés où la femme sort de l’espace d’où on l’avait tenue à l’écart auparavant.

Et que dire de tout ce carcan autour du pouvoir de nuisance des femmes qui entraîne la chute de l’homme dans l’écriture profane et sacrée. Face au silence des femmes, la prise de parole masculine ne s’est pas privée d’en faire la démonstration des siècles durant, alors qu’en réalité, les causes principales sont la bêtise, la naïveté, l’orgueil, l’entêtement et le manque de discernement.

Quant aux commérages, palabres censés être le passe-temps des êtres bavards, oisifs et mal intentionnés, le comportement des mâles locaux laisse croire que ces défauts sont pleinement partagés par les deux sexes. Et on passe sur la capacité de respecter la parole donnée, les confidences ou les secrets.

Loin de dispenser une dose annuelle d’amertume et de fiel, rappelons que la femme dérange et bouscule les vieilles habitudes lorsqu’elle occupe des postes de commande. Et les esprits libres du monde syndical ayant un seuil de tolérance qui voit d’un mauvais œil les personnalités féminines occuper le devant de la scène tant ils veulent être les seuls héros de la cause des travailleurs… A force de vouloir jouer au Tarzan sauveur, ils oublient qu’il y a des Jane qui en sont autant capables…

Le machisme ambiant a fait fuir bien des cerveaux, ingénieurs, spécialistes du domaine médical et universitaire.

Dans l’arène politique, il est évident que ceux qui décident de l’avenir de leur parti et de la composition du gouvernement, tiennent à l’écart les femmes ministrables et même premier ministrables qui pourraient leur faire ombrage. Avec cette mentalité rétrograde, les meilleurs éléments féminins risquent de s’éterniser comme backbenchers permanents.

A moins qu’un sursaut de lucidité et de bon sens ne suscite une prise de conscience qui permettrait de se rendre compte des bénéfices que la société pourrait en tirer par une présence importante des femmes sur la scène politique. Le fait est que l’on reconnaît bien aux femmes la qualité d’avoir une vision holistique de la société, du progrès et du bien-être général.

Nita Chicooree-Mercier

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