Nos pendules, horloges et montres oubliées

Avec la mobilité sociale, à cause du déménagement, les pendules, horloges tout comme les gramophones et meubles en rotin ont perdu leur attrait

Il suffit de demander l’heure que n’importe qui prend son mobile phone pour vous le dire. Où sont passées les montres ? On s’en sert à peine sauf pour une cérémonie ou fonction officielle. C’est un autre patrimoine dans le monde qui a eu son heure de gloire. Chez nous on connaît les entreprises – Poncini, Mikado – qui se maintiennent tout en diversifiant et enrichissant leurs produits. Bien d’autres ont dû fermer boutique à cause de la disparition du véritable artisan de la famille ou des difficultés à maintenir la clientèle.

Mais des gens se souviennent et citent des noms à tout hasard. C’est ainsi qu’on découvre qu’il y a eu à Vacoas l’usine pendule mais disparue pour laisser place à d’autres entreprises et moins artistiques, artisanales qu’industrielles. Ce qui est navrant, c’est qu’une infime minorité conserve dans leur musée personnel, leur album et parmi les objets à valeur sentimentale des pièces rares. Dans la culture locale l’art n’occupe pas une place de choix. Ailleurs des villes et autres sites gardent jalousement un patrimoine qui étonne plus d’un.

Une visite à Patek Philippe dans la rue des Vieux-Grenadiers en Suisse est une véritable remontée dans le temps. Que de curiosités et de merveilles en provenance des anciens empires et au goût des époques diverses ! Ce bâtiment de trois étages est bien conservé. Sur chaque étage, c’est comme une exploration dans un monde qu’on n’aurait pas cru ayant existé.

En consultant les archives on découvre que Poncini avec des sonorités italiennes a des origines suisses. Alfred Poncini est venu d’Ascona, Genève, pour finir par s’installer à l’Ile Maurice. Le jeune horloger de 25 ans a pu graver dans la mémoire une marque qui a fait sa renommée. L’express avait fait une brève histoire de cette famille dont les origines ne trompent pas sur le bel art. Les Poncini deviennent les successeurs de Guillement Ltd et selon Almanach d’information générale de père en fils ils se mettent au service de notre population en bijouterie, orfèvrerie, horlogerie.

Dans l’ancien bâtiment colonial face au théâtre de Port Louis, combien sont ceux qui connaissent toute l’histoire de nos montres et pendules ! Pourtant on apprend avec un sourire que le temps d’accrocher une montre à sa veste a bien existé et donnait un certain prestige au porteur. Le garde-prison, le policier, l’instituteur, le prêcheur, le fonctionnaire ou l’écrivain des années 1920 à 1950 avaient en argent ou même en or. Des photos en attestent. La photo du grand-père de Dr J. Seegobin – photo parue dans Indradhanush, en août 2011 et celle de Pandit Cashinath Kistoe dans l’édition de 2003 — parmi tant d’autres dévoilent la popularité de la montre de poche. La chaînette était bien visible comme un demi-mouchoir qui dépasse souvent aujourd’hui la poche chez certains.

Incroyable mais vrai ! Au dernier étage de ce musée se trouve la bibliothèque privée. Des catalogues, des anciens livres, des histoires sur les collections et pièces accumulées au fil du temps et même le bureau où travaillait Patek. Il y a aussi les trois volumes qui renseignent sur la création de l’entreprise, les montres qui commémorent un couronnement ou autre, les grandes marques destinées à l’empire Ottoman, et à d’autres rois et empereurs de Far East. A chaque pays ses motifs, ses couleurs.

On voit bien qu’on a tout fait pour rassembler ce qui appartient à l’univers des montres, pendules et horloges. Au premier étage c’est l’artisan au travail. La première machine de fabrication et d’autres objets semblent appartenir à un autre monde. C’est dans le style d’un bijoutier mauricien dans un vieil atelier plein de petits outils cuivrés, bien alignés et même des miroirs grossissants et des petites lampes.

Au second étage on nage en plein dans un conte de fées. D’une pièce à une autre on découvre plus de 1000 pièces rares. On voit les pocket watches qui sont créées quatre siècles de cela et qui arrivent chez nous assez tard. Les casiers vitrés exposent les montres accrochées au cou et fabriquées pour tel Maharajah de l’Inde, tel empereur de Russie, pour Napoléon, la reine Victoria et tant d’autres reines.

C’était un moyen d’encourager les bijoutiers et créateurs de faire preuve de leurs talents. Les couleurs, les tons de bleu, vert, rouge et doré se marient si bien pour illustrer l’oiseau de paradis, un poisson, une croix, ou une couronne. Ces horloges et montres deviennent pour une communauté religieuse, politique ou autre un symbole. Le musée Patek Philippe rappelle l’âge d’or de ces bijoux rares. Les commandes ne devaient pas manquer. Chaque pays a eu envie de posséder une pièce rare. Aujourd’hui encore beaucoup de gens se vantent d’avoir au poignet une belle montre suisse.

Dans notre petit pays certaines familles parlent des montres et belles pendules. Mais comme les jeunes ne s’y sont pas intéressés, elles ont jeté, mis dans un grenier ces objets; bref elles s’en sont débarrassées. Quelqu’un raconte qu’un vieux surintendant de police avait une montre avec sa chaînette en or mais après un vol on n’en a plus entendu parler. Une Senior raconte qu’enfant elle a joué avec une montre et sa chaînette d’un grand-père mais elle n’en sait rien maintenant.

Un écrivain se rappelle d’une famille dans le nord de l’île qui étonne les enfants de l’époque avec ce genre de montre. Le métal pouvait être en argent, en or ou autre. Avec la mobilité sociale, à cause du déménagement, les pendules, horloges tout comme les gramophones et meubles en rotin ont perdu leur attrait. L’âge de l’électronique et du numérique vient effacer les images. Il nous faudrait repenser l’histoire de nos ateliers d’artisans et de créateurs pour la mise en place de ces musées.

 

  • Published in print edition on 15 September 2017

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