Partielle: La grosse tambouille électorale

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Matchs dans le match : Le PTr face à l’abstention et la ‘nuisance value’ du Reform Party ; le MMM face au PMSD

Les formations politiques qui participeront à la partielle au No. 18 entendent à l’évidence faire évaluer leur force sur l’échiquier dans la perspective des prochaines élections générales. Certaines jouent gros et d’autres moins.

Le Parti Travailliste : Laminé lors de la dernière consultation, dépouillé de plus de la moitié de son socle électoral relativement stable depuis 1991, le PTr a l’occasion lors de cette partielle de rebondir et de relancer une dynamique en vue des prochaines législatives. Il faut dire que les conditions lui sont plutôt favorables :

(1) Un « hard core », un noyau dur réduit certes, mais bien coriace ;

(2) La dégringolade du MSM qui lui avait siphonné une bonne partie de son électorat notamment sur le terrain de la moralité publique – son principal thème de campagne de 2014 -, et la promesse d’un « miracle » économique. Cela entraîne mécaniquement une remontée, certes non spectaculaire, du PTr qui retrouve petit à petit son électorat passé au MSM ;

(3) L’alignement d’un candidat travailliste de haut calibre ;

(4) Le choix par son principal adversaire, le MMM, d’une candidate ‘novice’ ;

(5) Tassement du candidat du Reform Party, ex-MSM déclencheur de cette partielle ; et

(6) La concurrence, exercée par le PMSD, le Mouvement Patriotique (MP), et d’autres partis de gauche radicale, sur l’électorat flottant du MMM.

Pour autant, ce n’est pas gagné d’avance. Le principal écueil, à mon avis, c’est la tentation abstentionniste de la partie de l’électorat travailliste qui avait changé de camp en 2014. Alors que le MMM, dès lors qu’il se présente seul, pourrait retrouver une bonne partie de son électorat de 2010 qui avait choisi en 2014 le PMSD, le Muvman Liberater (ML), et l’abstention. Une confiance excessive peut s’avérer désastreuse comme en 2014. Il ne faut pas non plus sous-estimer la ‘nuisance value’ du Reform Party qui convoite également l’électorat travailliste flottant.

Plus que tout autre, le PTr ne peut se permettre une nouvelle déconvenue dont les conséquences seraient désastreuses.

Cela dit, une victoire ne signifierait pas pour autant la reconquête du pouvoir acquise. Une euphorie et une arrogance démesurées seraient catastrophiques. Il convient de préciser que l’issue des prochaines législatives est entre les mains d’un électorat volatile – par définition ‘mouvant’ et particulièrement exigeant. Un autre danger serait, dans la foulée d’une victoire à la partielle, la tentation d’une confrontation pour le leadership du PTr. Le PTr ne peut se permettre d’une division supplémentaire, aussi minime soit-elle. Le système électoral du « First Past The Post » (FPTP) est impitoyable. Cela se joue à quelques petits points sans oublier les effets néfastes liés aux ambitions personnelles des uns et des autres – aspirants candidats et autres cadres du parti.

Le MMM : Ce parti a choisi délibérément de se servir de cette partielle comme rampe de lancement pour les prochaines législatives qu’il souhaite ardemment voir se dérouler rapidement – dans quelques mois. En alignant une candidate ‘novice’, le MMM semble ne pas avoir mis le paquet pour une victoire. D’aucuns peuvent y déceler une stratégie concertée visant la déstabilisation du PTr devenu son principal adversaire depuis le rejet massif de son alliance avec les rouges. On peut y détecter également une manœuvre consistant à faire accepter une énième alliance par la base MMM – genre « vous voyez on ne peut gagner seul ». Cependant, vu la liesse que le mantra « le MMM ira seul » déclenche chez les partisans mauves, cette « chose » devient de plus en plus improbable.

Cela dit, une victoire du MMM n’est pas à écarter totalement compte tenu de certains atouts non-négligeables :

(1) Un « hard core » aussi important et dur que celui du PTr ;

(2) Un espoir de retour au bercail d’une partie de son socle électoral de 2010 qui l’avait délaissé en 2014 pour rejoindre le ML, l’abstention, et le PMSD, en raison précisément de son alliance avec le PTr. Dès lors qu’il brigue seul les suffrages, il peut espérer réaliser un meilleur score qu’en 2014. On peut s’attendre également à un retour à « lacaze mama » après une période « d’auto-critique » de certains, je pense en particulier à Kavi Ramano, un des rescapés MMM de 2014, élu de surcroît dans la circonscription concernée ;

3) Une certaine dispersion de l’électorat travailliste flottant courtisé par le Reform Party et même le PMSD, et tenté par l’abstention.

Reste les points faibles du MMM qui sont : sa candidate, la dispersion des voix avec la présence de formations à sa gauche et du Mouvement Patriotique, sa difficulté à convaincre quant à sa volonté de ne pas s’engager dans une alliance, d’autant plus qu’il y a l’incertitude tenant à l’ampleur du retour escompté de son électorat parti au PMSD qui a l’avantage d’une meilleure visibilité avec le leadership de l’opposition.

Bien que le MMM semble ne pas porter une importance excessive à cette partielle, une défaite sera vite digérée tout en retenant les leçons dans la préparation des prochaines législatives. En revanche, ce qui les inquiète, c’est le risque de se voir devancer lors de cette joute par le PMSD. En effet, s’il est devancé par le PMSD, ce serait un véritable séisme avec des effets catastrophiques pour le MMM. Il faut donc s’attendre à une attaque en règle du MMM contre le PMSD dans les jours et les semaines à venir.

Le PMSD : Il mise gros également. Après avoir longuement hésité à y participer, le PMSD a finalement choisi de se mouiller, avec, à mon avis, deux objectifs majeurs :

  • Ne pas laisser au MMM le champ libre pour récupérer l’électorat mauve passé au PMSD en 2014 ; et
  • Réaliser un très bon score afin d’être en position de force en vue d’une éventuelle alliance avec un parti majeur qui ne peut être objectivement que le PTr. A cette fin, il s’agit non seulement de consolider son électorat personnel de 2014 mais également d’aller piocher dans l’électorat travailliste passé dans le camp MSM, d’où, par exemple, la récente sortie pour le moins virulente d’Adrien Duval contre Arvin Boolell. Et c’est là où c’est dangereux et cela pourrait s’avérer contre-productif dans le cadre d’une stratégie d’alliance avec les rouges

Le Reform Party : C’est probablement la seule formation – avec les partis de gauche radicale – qui ne se place pas dans une logique de stratégie d’alliance, davantage parce qu’aucun parti n’est prêt à l’accueillir. Il a placé trop haut la barre. C’est vrai qu’étant le déclencheur de cette partielle, il ne pouvait faire autrement. Dès lors, une défaite – probable — malgré un bon score qu’il espère réaliser notamment auprès de l’électorat travailliste volatil, signifierait une énorme déconvenue. Sa ‘nuisance value’ pourrait cependant gêner le PTr.

Le Mouvement Patriotique : Après avoir longuement tâtonné, le MP a finalement décidé de se jeter à l’eau. Première conséquence : cela met fin à toute spéculation sur un éventuel retour au bercail de l’ex-leader adjoint du MMM. Mais en fermant une des deux portes d’alliance qui vaut le coup, son « bargaining power », son pouvoir de négociation se rétrécit. A suivre si son score sera ‘honorable’ ou non.

L’Alliance Lepep enfin : A ce jour, on ne sait toujours pas si ce qui reste ce cette Alliance va aligner un candidat ou non. Les débats font rage au sein du MSM. Aligner un candidat ? Ou non ? Dans ce cas, participer « d’une façon ou d’une autre » ou non ? Questions hautement métaphysiques. En tout cas, c’est bien Lepep bizarrement qui est le plus contrarié dans l’affaire.

Je ne vais pas revenir sur les options que j’avais eu tout loisir de décrire lors de mon dernier papier. J’avais même osé une solution à leur attention : ne pas participer « d’aucune façon », faire le gros dos, mais s’arroger du taux d’abstention qui risque d’être élevé. Ce ne serait pas très crédible mais cela leur permettrait de continuer d’exister. C’est déjà ça de pris.

 

*  Published in print edition on 13 October 2017

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