Tops ou flops : Les jeunes, les entre-deux et les vieux

La transition d’un âge à un autre est au cœur des débats. Toutes les sociétés font l’expérience de division(s) entre différents groupes. Il faut sans cesse négocier. Jusqu’à quel point cela est-il possible ? Voyons ce qui se passe dans le pays.

L’interview de Lindsay Rivière (Mauritius Times – vendredi 27 janvier 2017) donne une bonne idée de la façon de faire des jeunes. Il explique pourquoi Roshi Bhadain, faute de pouvoir se tailler la part du lion, ne veut pas être « à l’étroit au MSM et il a besoin de plus d’espace pour s’épanouir. »

Combien de jeunes ressentent ce besoin de se prouver ! Rivière ajoute : « Cela fait d’ailleurs plusieurs mois que de nombreux jeunes l’encouragent à s’émanciper du MSM pour voler de ses propres ailes et capter la désillusion grandissante de la nouvelle génération. »

C’est bien vrai qu’un nombre grandissant de jeunes ont l’air de ne pas avoir trop de choses en commun avec ceux ayant atteint la cinquantaine ou plus. A qui la faute ? D’abord aux politiciens. Qu’ils soient des leaders charismatiques ou non, ils ne sont pas forcément bien vus par la majorité des jeunes qui ne veulent pas être des suiveurs et, à la longue, être éjectés comme des intrus qui font de l’ombre à X, Y ou Z. C’est dans une logique que définit bien Cronell : « the logic of an institution embodying the power of the state and cultural authority of the dominant class. »

Que pensent les jeunes ? Classe pouvoiriste et fortunée, détenant la prise de décision, prête à sanctionner, se croyant au-dessus des lois, donnant parfois, dit-on, des commissions et corrompant des institutions publiques, sinon celle qui ne veut pas lâcher prise, qui ne veut pas donner aux jeunes la chance de faire leurs preuves.

A la longue, tout éclate : pour preuve la formation de plusieurs partis à cause des dissensions avant les élections de 2014. Et que voit-on autour de nous ? Les transfuges qui ont peur de vieillir sans avoir une part du gâteau national sautent dans le train et s’assurent une place qui puisse faire oublier les frustrations de leur jeunesse.

Les entre-deux, sans glisser vers la généralisation, ne veulent pas perdre leurs privilèges. Dans notre jargon, on dirait plutôt perdre « so l’importans ». Ils ont eu leur propre combat – syndical, politique, etc. Pour se positionner, se repositionner et surmonter les problèmes liés à la classe sociale, aux divisions de genre ou de fortune.

Rappelons-nous de la manifestation anti-Banda en janvier 1971 regroupant des jeunes signataires de la pétition – Abed Peerally, Vidula Nababsing, P. Khadaroo, Herve Masson, Ramesh Seereekissoon, Ramduth Jaddoo, Seeven Ramsamy, Amedee Darga, A. Wong, P. Lagesse, P. Fulena, Dev Virahsawmy, Paul Bérenger, Suresh Moorba et tant d’autres qui avaient contesté le régime anti-démocratique au Malawi et de l’accueil qui lui avait été réservé à Plaisance.

Ceux qui entrent dans la catégorie de l’intelligentsia voient dans leur image une façon d’être reconnus et d’être respectés par les jeunes. Ce qui est de moins en moins le cas. Et pour cause ! Flops ou non ! Ou la fatigue ou l’usure ! Pourtant le rang qu’ils ont atteint s’inscrit dans le prolongement des sacrifices et des propositions des vieux de continuer la lutte pour prendre en main leur avenir. Goût de l’effort, notion de persévérance, de progrès et de responsabilité, autant de vertus personnelles et sociales pour être à la hauteur des espoirs que les vieux, pour la plupart disparus, plaçaient en eux.

Ce n’est donc pas qu’ils refusent les projets de rénovation mais ils hésitent à gaspiller leurs économies, de se lancer dans des grèves sans rien avoir en retour. Certains ont bien compris que des associations, des syndicats et d’autres structures mises en place sont inadaptés pour résoudre efficacement leurs problèmes. On n’est plus au temps de Pandit Sahadeo, Pandit Cashinath Kistoe, de Gorah Isaac ou de Jules Koenig pour descendre sur le terrain et revendiquer des choses qui puissent servir la population.

Les vieux, avec les clichés de croulants, de gâteux, de papis savent bien qu’ils n’ont plus le look pour séduire. Ils veulent une vie tranquille, un petit coin de paradis, un monde à eux. Pourquoi ? Beaucoup se savent exclus des réseaux liés à la révolution technologique. Comme ils ne sont pas vraiment connectés à ce monde, ce n’est pas la peine pour eux de commencer une bataille perdue d’avance contre des jeunes loups affamés dans tous les secteurs et même capables de bousculer famille, société et autre institution pour virer les vieux et s’y installer à leur aise.

Des tops ? Non, ils ne le sont pas parce qu’ils ne sont plus au top form, malgré leur petit jardinage, leur marche hebdomadaire, leur volonté d’aller jusqu’à l’église, au kovil, à la mosquée, au mandir de leur localité.

Aucune étude ne recense précisément cette vie fantôme de nos vieux. Beaucoup se contentent de leurs vieilles chansons et de leurs films. La politique – un grand NON. Pas pou voter ! On ne milite pas pour les intégrer. Il y en a même qui ont eu l’amère surprise de voir leur pension enlevée. (Ecoutons les radios privées pour en savoir plus.) Contrôle s’ils sont toujours en vie ou méritent encore cette modique somme ! C’est arrivé à un vieux de plus de 90 ans qui n’a pas eu sa pension versée depuis 4 mois.

Priver les vieux de ce droit revient à les amputer d’une partie de leur récompense. Ration dure à payer quand les enfants et jeunes n’aident pas. Un vieux couple touchant à deux Rs 10,000 a dépensé presque Rs 8,000 pour leur ration. Que leur reste-t-il pour des loisirs ? Et oui, eux en qui on voyait le socle de la famille et le garant de la sécurité vivent quelquefois des mini-traumatismes. Leur pire crainte, c’est celle d’être abandonnés dans leur fragilité.

Notre quotidien devrait-il se résumer essentiellement à parler des cassures, des coustiques, des mariages politiques et des scandales ? Si c’est important dans une démocratie de ressasser ce qui a été fait et qui s’avère bien difficile à défaire, n’est-il pas temps de se poser de sérieuses questions sur la manière de dynamiser les interactions entre les jeunes, les entre-deux et les vieux ? Après tout, ce sont les jeunes qui dirigeront le pays, un jour ou l’autre…

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