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Alliances ?

La formule à trouver doit asseoir la relation entre deux fortes personnalités, Ramgoolam et Berenger, et deux grands partis aux assises différentes, mais aussi, et bien plus profondément, nous préserver de conflits au sommet de l’État, et d’une instabilité institutionnelle permanente

Reconnaissons-le: les lignes avaient bougé le week-end dernier, indépendamment du renversement de vapeur de Bérenger à peine deux heures après sa conférence de presse conjointe avec le leader du gouvernement et du Parti Travailliste, où tout était en bonne voie et une alliance politique PTr-MMM à portée de main.

Cette alliane en gestation dépasse les questions d’alchimie ou d’entente sur les termes d’une « bonne réforme électorale », qui en reste pourtant la base déterminante.

Dans ce volet plus complexe des négociations qui ont occupé les « tourtereaux » et qui semble proche de son dénouement, le retournement inattendu de Bérenger samedi dernier était largement perçu comme un raidissement tactique, suite à la démission de Xavier Duval du gouvernement. De même que la menace voilée d’une motion de censure qui, elle, aurait mis un terme définitif aux koz-koze sans garantir un quelconque résultat probant pour un MMM dont les bases sont encore en mode « wait and see ». Comme la grande majorité de la population, d’ailleurs.

C’est naturel que les calculs tacticiens et la perception des rapports de force conditionnent les analyses, les positionnements et les discussions que mène tout leader politique. Ainsi, quand Bérenger mène ses négociations publiquement, à grands renfort de conférences de presse quelquefois déroutantes, au risque d’être lassant, ce n’est pas une affaire de culture mais un choix tactique. On ne peut guère, au MMM comme dans la population, l’accuser de procéder en « catimini ».

Mais il existe des raisons de croire que nous arrivons à un moment de maturité politique et sociétale, un tournant historique quand ces seules considérations, aussi importantes soient-elles, pourraient céder le pas aux intérêts supérieurs du pays face aux défis de l’avenir. Avec la mondialisation, la crise financière qui perdure, les nouveaux défis environnementaux, la raréfaction des ressources fossiles et les difficultés dans certains secteurs internes du pays, il ne s’agit plus de présentation dune simple formule. Outre l’économie en général, il y a des secteurs qui ont « under-perform », certains sont en souffrance et d’autres ont besoin d’un nouveau souffle et d’idées nouvelles.

Quels sont donc les quelques acquis de cette fameuse conférence de presse conjointe si amicale et convergente sur les grands enjeux ? Est-elle annonciatrice enfin d’un climat plus digne de la politique, de ses véritables enjeux et de ses lettres de noblesse?

Finies les gesticulations, les slogans, les accusations, les menaces, les annonces de règlements de comptes, plus propices aux caisses de savon des anciens temps ?

Le pays ne peut que le souhaiter et l’espoir est permis. Même son de cloche chez le PMSD, qui après quinze ans d’entente, s’est écarté de l’Alliance au pouvoir sans fracas et sans acrimonie, en attendant probablement d’en savoir plus sur l’évolution des discussions en cours. Pravind Jugnauth, dans son interview de mardi (Le Défi Quotidien), semble également faire preuve d’une retenue nouvelle.

Deux forces majeures du paysage politique ne pouvaient continuer à s’invectiver, à maintenir un climat de tension artificiel, alors que M. Bérenger avoue que le consensus avec le Parti Travailliste règne sur l’essentiel, dont un programme commun et que, depuis des semaines, directement ou par proxy, les deux personnalités, tout en tenant compte de leurs ambitions respectives, étudient ensemble les moyens de faire avancer le pays vers d’autres horizons.

Un tel alignement historique entre deux leaders – deux ambitions pour une destinée commune du pays malgré deux électorats, deux loyautés différentes, deux bases arrières distinctes, deux partis aux histoires jalonnées de combats -, n’est ni simple ni dépourvu d’aspérités dans cette petite île si complexe à gérer.

Entre le désir avoué, l’alchimie d’alcôve, l’entente sur les axes majeurs, et entre le partenariat réalisable et la quête du juste équilibre, il reste un grand chemin à parcourir. Chacun devrait avoir mûri et tiré les leçons de ses expériences précédentes. Chacun devrait être d’accord pour mettre un peu d’eau dans son vin, dans ses prétentions. On croit comprendre qu’il y a entente sur la réforme électorale à soumettre aux électeurs et l’éventuel mini-amendement constitutionnel en attendant.

Aucune réforme n’étant idéale, nous n’aimons guère l’idée de ces futurs députés sans attache de circonscription, encore moins ceux désignés par des leaders politiques après les élections.

Mais nous pourrons nous féliciter que la nouvelle donne permettra une meilleure représentation féminine et qu’il n’y aura plus de 60-0 et ces Assemblées outrageusement déséquilibrées dont 25-35% de la population peuvent se sentir exclus. Certains s’émeuvent du seuil d’accès à la Représentation Proportionnelle ; à vrai dire, ce n’est que l’élargissement de la porte corrective du « Best Loser » à base communautaire. Rien n’empêche tout parti ou toute personne de se présenter dans une ou plusieurs des vingt et unes circonscriptions du pays et de s’y faire élire directement.

Ce serait un assez étrange aveu du MSM ou du PMSD de donner l’impression qu’après des dizaines d’années au pouvoir durant trente ans, sinon aux commandes du pays, du moins des ministères majeurs, ils seraient bien incapables demain de faire élire un seul député dans une circonscription donnée. Le MSM s’était vu confier six ministères importants en 2010 dont celui des Finances ; Xavier Duval, celui de l’Intégration sociale et des Finances depuis trois ans. Ce sont des opportunités, des tremplins politiques extraordinaires. A quoi ont-ils servi ?

Ceci étant, les dernières discussions durant la semaine écoulée vers un accord ne pouvaient concerner que la résolution adéquate de deux volets :

(a) les termes acceptables aux deux dirigeants d’une alliance PTr-MMM en gestation ; cela concerne les élections et la législature à venir, l’horizon immédiat ; jamais simple de réconcilier investitures, répartition, ambitions et egos, grands équilibres, ministrables dans un esprit d’équité, tout en répondant aux craintes éventuelles d’un côté comme de l’autre ;

(b) l’horizon long-terme car il s’agit, avec une 2eme République, de ne pas se tromper dans les termes de fonctionnement d’un nouveau système de gouvernance qui remplacerait le modèle Westminsterien.

Celui-ci est un modèle archi-connu dont beaucoup en apprécient la stabilité exécutive. Mais nombreux sont ceux qui ont souvent décrié l’énormité des pouvoirs concentrés aux mains du PM, devenu, à tort ou à raison, dans la proximité, l’insularité et la structure économique et sociologique complexe du pays, le point ultime de pression et d’arbitrages incessants, là où convergent toutes les contradictions, tous les « lobbyistes », tous les groupes de pression, tous les courtisans de toutes les couleurs. Dans le secteur privé, cela touche les oligarques, les autres grands groupes aussi bien que la multitude de petits patrons et des entrepreneurs en devenir, les commerçants comme le « big bazar » des marchands de rue. Ramgoolam et Bérenger en savent quelque chose.

Tant mieux au fond, dans une évolution vers une démocratie consociative (White Paper), si ces arbitrages-là sont partagés dans un meilleur esprit de dialogue et de consensus et réduisent la pression constante sur le Bâtiment du Trésor. Encore faut-il qu’on sache dans l’horizon d’une réforme durable, qui assume la responsabilité générale de la politique gouvernementale, définit et contrôle les lignes directrices entre la Présidence et une Primature chargée de l’exécution sans toutefois être un simple exécutant ? Pas simple !

Les deux partis, la presse, les observateurs et toute la population en sont conscients : la formule à trouver doit asseoir la relation entre deux fortes personnalités, Ramgoolam et Bérenger, et deux grands partis aux assises différentes, mais aussi, et bien plus profondément, nous préserver deconflits au sommet de l’État, d’une instabilité institutionnelle permanente. Les « équilibristes » politiques et les spécialistes des questions constitutionnelles sont aux ultimes manœuvres, nous dit-on.

D’ici la publication de ce tirage, cette formule aura sans doute été finalisée et nous saurons mieux ce qu’on propose aux générations futures sur le plan de la gouvernance politique du pays. Et, qu’au final, ce sera, par respect pour la démocratie, à la population de se prononcer sur une offre à double détente : alliance PTr-MMM sous la férule de Navin Ramgoolam comme PM désigné, portant dans ses bagages une réforme électorale et une 2eme République à venir. Mais tout cela n’est pas encore réglé…

 

U.C.

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