Vina Ballgobin

Chinese Heritage Centre : Quand Singapour inspire Maurice

•       Petite incursion dans le monde singapourien

— Vina Ballgobin

Le Chinese Heritage Centre de Singapour, construit en 1953, est proclamé Monument National le 18 décembre 1999. Le bâtiment date de 1950 et possède une architecture unique. Le Yunnan Garden est un lieu paisible et verdoyant, tandis que le Nantah Lake offre un spectacle apaisant.

Le Centre fonctionne avec l’aide de plusieurs sponsors et de généreux donateurs : Le Hong Leong Group, le Lee Foundation, Dr Jeffrey L.S. Koo, Dr Li Ka Shing, M. Liem Sioe Lion, Ngee Ann Kongsi, le Singapore Hokkien Huay Kuan, le Singapore Totalisator Board, M. Chatri Sophonpanich et M. Wee Cho Yaw. D’autres groupes ou personnes sont : First Capital Corporation Ltd, Lippo CRC (Hong Kong), Ngee Ann Kongsi, M. Washington Sycip, United Overseas Bank Ltd et plusieurs Board Governors. Le gouvernement du Singapour a aussi subventionné le Centre. L’entrée est gratuite.

Le Chinese Heritage Centre de Singapour se trouve au sein de l’ancien bloc administratif de l’Université de Nanyang, un lieu historique : c’est là que se trouve la première et l’unique université chinoise hors de la Chine, fondée par la diaspora chinoise. C’est la première institution dans le monde à se spécialiser dans l’étude des communautés chinoises hors de la Chine. D’ailleurs, l’objectif du Centre est d’enrichir la connaissance afin de développer une meilleure compréhension de la diaspora chinoise du monde entier.

Bien entendu, le Centre offre plusieurs occasions de mieux appréhender les us et coutumes, et les traditions chinoises tant aux Singapouriens qu’aux touristes. Le Centre organise aussi des expositions, des séminaires et des conférences. Par ailleurs, le Centre possède une bibliothèque avec des ouvrages académiques et, comme toute institution académique singapourienne qui se respecte, publie régulièrement afin de demeurer un leader dans le domaine de la recherche sur la Chine, hors de la Chine.

Pour citer quelques exemples, paraissent en 1998, The Encyclopedia of the Chinese Overseas. En l’an 2000, la version française est éditée par Robert Wan de Tahiti. Cet ouvrage est aussi lancé à Paris, en 2001, la veille du Nouvel An chinois. La même année, le projet de online databank de la diaspora chinoise, le HuayiNet, est aussi lancé. En 2002, le Centre offre deux ouvrages au public : (1) Genealogies and Chinese Overseas Migration qui est, en fait, la publication des actes de colloque sur les recherches généalogiques, et (2) Chinese Newspapers in Southeast Asia qui est le travail final issu d’un projet de recherche du Centre.

En mai 2005, le Centre lance sa première revue scientifique, le Journal of Chinese Overseas, financée par la Fondation Lee. En 2006, le Foon Yew High School de Johor Bahru lance une publication en partenariat en chinois Collected Essays on Foon Yew High School. En 2003, le Centre publie son premier Bulletin contenant des articles des chercheurs locaux et internationaux. Y figurent aussi les informations à propos des évènements et activités organisés par la diaspora chinoise. En 2010, le gestionnaire de la bibliothèque du Centre devient officiellement le Nanyang Technological University.

Bien établi dans le monde scientifique, le Centre se dévoue depuis quelques années à sensibiliser les jeunes sur l’importance de l’interculturalité. Ainsi, en 2011, le Centre a participé activement au Children Season pour promouvoir une meilleure compréhension du patrimoine chinois aux enfants.

Expositions

1998 : From Segregation To Integration : The Story of the Chinese Overseas

2000: Nantah Pictorial Exhibition [Historique des 25 ans l’université de Nanyang]

2005 : Chinese More Or Less: An exhibition on Overseas Chinese Identity

2009: Chinatowns in a Globalizing Southeast Asia

Colloques et séminaires internationaux

2000: Les généalogies

2001: Chinese Community Organisations and Globalisations: Comparative International Perspectives

2003: Contemporary Culture and Chinese Heritage in a Globalizing World

2004: Asian Diasporas: Revisiting the Chinese and South Asian Experiences

2005: Maritime Asia and the Chinese Overseas

2006: Tongmenghui, Sun Yat Sen and the Chinese in Southeast Asia: A Revisit with Sun Yat Sen Nanyang Memorial Hallon

2007: Chinese Migration in Comparative Perspective: Adaptation and Development

2007: Ethnic Chinese in Indonesia in an Era of Globalisation

2008: Malaysian Chinese: Recent Developments and Prospects

2009: Chinatowns in a Globalizing Southeast Asia

2010: Migration, Indigenization and Exchange

•       Et Maurice ?

Henry Loo Chin Moy visite le Chinese Heritage Centre de Singapour et il décide de se lancer dans cette aventure inédite à Maurice. Secondé par son épouse, il est déterminé dans son objectif. La société Chinese Heritage Centre Limited est enregistrée le 18 septembre 2007. Le Chinese Heritage Centre de Maurice ouvre ses portes le 6 février 2008 à la Pagode Fock Diack, Rue Remy Ollier, Chinatown, à Port-Louis. Plusieurs Mauriciens, jeunes et moins jeunes, et les Senior Citizens visitent les lieux. Des touristes du monde entier découvrent un pan du patrimoine mauricien.

C’est un lieu qui ne laisse personne indifférent, surtout pas la diaspora chinoise qui rend visite à la famille et aux amis à Maurice. Par conséquent, le Centre décide de s’ouvrir au monde et à la diaspora en gardant le contact à travers un site en ligne. Il est important de former les jeunes, qu’ils soient de Maurice ou de la diaspora, afin qu’ils aient un profond respect du passé. Ainsi, le Centre permet d’atteindre ce but en restant connecté avec tous les citoyens du monde et surtout les jeunes qui fonctionnement essentiellement sur le mode TIC.

Le Centre nous rappelle les premiers pas difficiles des hommes et des femmes de la Chine sur cette île, ou encore l’adversité, les souffrances, les privations, voire parfois la détresse de leurs ancêtres. C’est un devoir de mémoire qui appelle le respect. Par contre, plusieurs parcours de vie inspirent notre humilité. La majorité des Mauriciens d’origine chinoise, d’ici ou d’ailleurs, ont su préserver leur identité propre, et ne se sont jamais laissé gangréner par l’argent, le pouvoir, ou encore d’autres tentations. L’interculturalité a été un guide pour la communauté chinoise qui a toujours vécu en bonne harmonie avec tous, que ce soit sur les propriétés sucrières, dans les villages ou dans les villes et autres quartiers chics contemporains.

En 2011, le Centre ferme temporairement ses portes à cause des travaux de reconstruction pour ouvrir de nouveau le 7 décembre 2013 au deuxième étage du Grand Bay Store, situé à l’angle des rues la Salette et Royale. C’est M Pascal Tsin Ah-Vi, Directeur des lieux, qui accepte d’héberger gratuitement le Chinese Heritage Centre. La liste des généreux donateurs augmente de 2008 à 2013. Le Centre est ouvert du lundi au samedi de 9H00 à 19H30, et les dimanches et jours fériés de 9H30 à13H30. Le tarif est fixé à Rs75. pour les adultes et Rs 50. pour les enfants.

Platinum partners : ABC group, Famille Cheng Kai On, Thérèse Loo Chin moy – Designa Architects, Robertson Chan Chin Wah – Fine Touch Ltd, HSBC, Alex Voon Chong Fon Sing – le groupe Jade, Henry Loo Chin Moy – Lead Properties Ltd, SOFAP Ltd, Mauriweb Network Services, XPANDA (Mauritius) Ltd.

2008 Gold partners: Jimmy Chung Foh Yuen – Cathay Printing Ltd, Huawei Technologies Co. Ltd., Profilage Ocean Indien Ltée, REC Ltd, Chand Balloo – Signart Ltd, Trio Jyorholdings et Kenn Yeo.

Autres partenaires : James Chia – Colorbase Ltd, Kim Loon Chung For Yuen, Lam Po Tang – Metal Sheets Industries Ltd, Pierre Lee – Redline Marketing Ltd, Li Tung Sang & Co. Ltd, Louis Leung Yin Ko et Sanjiv Mulloo (Quad Printers Ltd).

Special Donators : Pascal Tsin Sa Ah-Vi, Edward Venpin.

Autres donateurs : Famille Ah You, Denise Ah Chuen, Madeleine Ah Chong, Attila Cultural Group, Denise Chan She Ping, Yvette Chan Wan Fong, Roger Chan You Shing, Lilia Chee Yin Sing, M. France Chellin Goblet, Foong Lin Cheong Young, Dr Max Chung Hon Wing, Famille Chung Hung Tseung, Dawn Printing, Andre Fung Wan Sang, Golden Lion Circle, Famille Guimbeau, Famille Hau Hon sang, Yen Shin How Chow Wah, Famille Kim Soo, Michel King Fat, Jean Kok Shun, Kwong Hwa Lions Group, Steward Lai Cheong, Famille Lam Po Hung, Mme Wong Tai Moy Lam Si Kong, M Clency Lee Kui Chun, Ah Kim Lew Kim Ping, Philip Li Ching Hum, Ah Kwet Li Kwong Ken, Famille Lim How, Ah Kim Tayh Loo Chin Moy, Ahmee Loo Chin Moy, Ah Pong Loo Chin Moy, Huguette Ly Tio Fane, Andre Ng Choy Hing, Meryline Ng Kon, Berty Sam Wai Pang, Ah Lan Tan Yan, Inoos Tegally, Too Kioon Voon Too Yok, Marie Claire Tse Pen Ki, Georges Tse Pen ki, Paul Tse Tic C. et epouse, Madeleine Tseung Sum F., Jonathan Venpin, Mme A. F. Venpin, Mike Wong, Mee Wong Tin Fook et Tiam Cjow Yiu Toung Pineo. De Chine : Hua Jun, Shi Chang Huang et Wen Fei Yan. De Hong Kong : David Koo et Bowie Lam.

Special advisers: Joyce Yan Man Shing et Kenn Yeo – architecte de Singapour.

Special Editorial Contribution : Huguette Ly Tio Fane-Pineo (historienne)

Editorial Contribution: Mevin Ballgobind, Yvette Kiow Chan Wah Fong, Ah Noo Lam Cham Kee, Philippe Li Ching Hum, Terry Loo Chin Moy, Therese Loo Chin Moy, Helene Musquar.

Artwork/Exhibits: Mevin Ballgobind, Ashley Boolaky, Alicia Loo Chin Moy, Christelle Loo Chin Moy, Henri Loo Chin Moy, Sarah Loo Chin Moy, Terry loo Chin Moy, Therese Loo Chin Moy, Clarel Min-Ken, Jean-Hugues Nina, Kumar Ramdhony, Shivam Ramsurrun, Wendy Siew Tu, Inoos Tegally.

Special Thanks: Fock Diack Society, Mahatma Gandhi Institute, Mauritius College of the Air, Mauritius Archives, Aapravasi Ghat Trust Fund.

•       Le patrimoine et les financements

Pour tout travail concernant la préservation du patrimoine, il ne faut pas négliger un aspect important : les financements. A Maurice, il est connu qu’une seule communauté est capable de préserver activement son patrimoine : ce sont les Franco-Mauriciens qui y consacrent une partie des fonds CSR de leurs entreprises. De plus, plusieurs lieux reçoivent régulièrement des visites payantes d’un nombre important de touristes, les tourist-shops et autres restaurants fonctionnent très bien en maximisant les profits pour faire fonctionner le business. Ainsi, ces fonds alimentent les caisses à leur tour pour préserver le patrimoine en question. Tant mieux pour eux et leurs circuits économiques surprotégés !

Mais les autres communautés sont-elles suffisamment armées financièrement pour protéger leur patrimoine dans le long terme ? Et que dire des initiatives louables de certains individus qui, avec patience et détermination, collectionnent de vieux objets chez eux comme Marclaine Antoine et ses instruments de musique créoles à Camp le Vieux ? Ou encore Goorooduth Chuttoo, qui dans le respect de l’adage « l’unité dans la diversité multilingue et multiculturelle », propose de temps à autre, des expositions de qualité sur le patrimoine de tous les Mauriciens sans aucune exception ?

Evoquons dans ce sillage, avec honte, nos musées publics : Y a-t-il des muséologues qualifiés qui y travaillent ? Si oui, quelle est leur expérience sur le plan international ? Quelles techniques comptent-ils utiliser pour attirer les touristes adultes et enfants ? Et la gestion des tourist-shops qui est à parfaire sur plusieurs points : absence de coordination entre horaires d’ouverture affichées et ouverture effective pour certains, nature de l’emplacement, diplômes et expériences des professionnels pour mettre au point le service-clientèle et l’accessibilité des produits très demandés à Mahebourg, par exemple… Comment augmenter les sources de financements des sites patrimoniaux publics en l’absence d’un plan d’ensemble et de la formation et/ou l’embauche de professionnels hautement qualifiés ?

Ajoutons immédiatement que la privatisation et le public-private partnership (où le private partner prendra 90% des gains) n’est pas une solution. Cela reflète uniquement la paresse et le désengagement de la classe politique, et la rapacité des private partners.

Pendant que Singapour continue de s’enrichir de la culture savante et de s’en épanouir, nous, Mauriciens, nous devons nous satisfaire uniquement des tentatives fort louables de certaines chaînes de la MBC (TV et radio) de protéger le patrimoine matériel et immatériel à travers diverses émissions et compétitions. Arriverons-nous un jour à vivre dans un pays où les jeunes seront des professionnels, des penseurs et des créatifs comme les Singapouriens ? Au cas contraire, nous pouvons oublier le modèle du Chinese Heritage Centre de Singapour… un modèle qui englobe économie, éducation, éthique, culture et patrimoine, et qui avance avec professionnalisme sans aucune pression politique bon marché de lobbies en tous genres, ou de mouvements religieux et de groupes socio-culturels, l’un étant la face cachée de l’autre, s’alimentant et s’appauvrissant mutuellement.

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Trois obstacles à la préservation effective du patrimoine singapourien

(1) Satisfaction des besoins de base : Superficie de terrain limité sur une île d’environ 700 km2 avec une population de 5 millions d’habitants. Comment concilier la préservation du patrimoine avec les besoins de construction de maisons et d’appartements ?

(2) Satisfaction des impératifs économiques : Certains bâtiments historiques sont démolis pour la construction de gratte-ciel.

(3) Satisfaction des besoins culturels: A chaque fois que le gouvernement décide de construire du moderne en supprimant de l’ancien, cela donne lieu à des remous entre deux camps opposés et engendre une certaine instabilité.

C’est le National Heritage Board qui doit statuer et trouver un équilibre entre les deux impératifs nationaux : développement économique de la nation et préservation du patrimoine national. Shaun Lim et Tham Kit Win proposent de préserver le patrimoine en fonction de quatre critères : Ce qui (1) a plus de 50 ans, (2) rappelle ou témoigne d’évènements historiques importants, (3) est important pour la majorité des Singapouriens, (4) regroupe un nombre important d’individus.

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Préservation du patrimoine : La Mongolie

Même si l’économie de la Mongolie se développe rapidement, la population reste en faveur de la préservation du patrimoine. Le Mongolian International Heritage Team a été financé par une grande entreprise minière – Oyu Tolgoi -, afin de développer un plan d’action pour le patrimoine culturel national.

Le plan prévoit d’autonomiser les communautés locales pour identifier les aspects importants de leur patrimoine matériel et immatériel, et proposer des solutions pour assurer leur pérennité. Des procédures seront élaborées pour minimiser l’impact des activités minières sur les sites archéologiques. Des plans seront définis pour améliorer la qualité des musées et attirer les touristes.

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Préservation du patrimoine : L’Inde

Il existe indéniablement une grande richesse patrimoniale en Inde. Plusieurs éléments du patrimoine indien ont été déclarés World Heritage Site. Afin de conscientiser les Indiens dès leur plus jeune âge, l’Etat indien a décidé d’inclure dans l’éducation la thématique de la protection et de la préservation du patrimoine matériel et immatériel.

Chaque année, depuis 2008, le National Education Day est célébré le 11 novembre, pour commémorer la naissance du Maulana Abul Kalam Azad, freedom fighter, pédagogue célèbre et premier Union Education Minister de l’Inde. Ce jour-là, le National University of Educational Planning and Administration (NUEPA) organise un séminaire, le Maulana Azad Memorial Lecture, à l’India International Centre. Les universités organisent des compétitions sous forme de débats et de quiz. Ce jour-là, les jeunes Indiens font le serment de ne jamais dégrader, en aucune façon, tous les monuments patrimoniaux de leur pays et ils s’engagent solennellement à les protéger et à les préserver.

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