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Shakuntala Boolell PDF Print E-mail
Written by Administrator   
Friday, 17 March 2017 21:47

L’Inde: un retour aux sources

Shakuntala Boolell

A l’heure où le flux touristique ne cesse d’augmenter, l’Inde et la Chine sont devenues des destinations incontournables. On part toujours, ou presque, pour le shopping et le commerce. Les queues s’allongent pour l’obtention d’un visa. Un grand géographe, Philippe Duhamel, dit avec raison que le tourisme n’est plus une activité pour l’élite. Il y a de nouvelles populations, de nouvelles pratiques. On voyage toujours pour le plaisir. Mais de plus en plus de seniors et de chercheurs partent pour découvrir des lieux inconnus, pour retrouver leurs racines.

Expérience rarement décevante. Même si les villes, villages, bâtiments hi storiques n’ont pas le charme d’autrefois ou sont transformés pour satisfaire les goûts des touristes. En comparant des photographies prises 40 ans de cela et des photographies prises en février 2017, on prend conscience que la marche du temps, pour le meilleur et pour le pire, ne peut être arrêtée.

Après une conférence sur les récits de voyage à Bénarès/Varanasi - la ville Kasi de Shiva -, je m’embarque pour un autre voyage : trois heures de route pour retrouver les lieux des ancêtres en Uttar Pradesh. Long voyage vers Jaunpur et Singramau avec des secousses en certains endroits où la route n’est pas en bon état, ce qui me permet de traverser plusieurs villages où des anciennes bâtisses, des huttes, de petits bazaars laissent penser que l’ancienne civilisation indienne est durable. De petits lieux de culte sous les arbres, des charrettes poussées par des hommes avec leur turban, des hamacs avec des femmes qui s’y reposent, de petites échoppes avec beaucoup de choses… Rien ne les trouble dans leur train-train quotidien.

On voit aussi la manière dont s’organise leur campagne politique. Des couleurs, des voix résonnant dans les haut-parleurs et les attroupements regroupent peu de monde, environ une trentaine de personnes. L’Etat d’Uttar Pradesh si peuplé conserve des villages avec une culture locale qui convient à la population. Enfin j’arrive à destination et je fais une escale d’environ une heure à Singramau.

Dans son livre Reminiscenses, Sir Satcam Boolell avait écrit : « The inhabitants are in majority Thakurs and highly traditionalist.” Ce qui est confirmé par le chercheur Chit Dukhira dont les ancêtres se trouvent à Ballia à quelques kilomètres de là. En y arrivant, je découvre les petits commerces alignés et je suis surprise par une cour immense et bien entretenue. Sur la grand-route, la belle maison blanche au fond avec des pylônes, une varangue ; il faut que je traverse une immense cour pour être finalement reçue par le dignitaire et la famille grâce à une lettre des archives familiales.

Warrendra Singh qui a fait un long séjour à Maurice me reconnaît en tant qu’arrière-petite-fille du premier Indien qui a émigré vers Mauritius (père de mon grand-père paternel). Le salon est impressionnant : une tête de tigre empaillée, un miroir à l’ancienne, des photos de l’ancien rajah des lieux et des générations successives et de très beaux meubles.

Maison calquée sur l’ancien château/Mahal d’une rue latérale, aujourd’hui tombant en ruine, faute d’entretien. Personne ne l’habite. Mon père a visité le château en 1977. Tout autour, il y avait les cultures d’indigo, de blé, de légumes et l’élevage des animaux, et aussi les habitations plus modestes des gens travaillant sur cette grande propriété de plusieurs arpents. Le rajah avait construit son propre temple où on organise jusqu’à maintenant la fête de Maha Shivaratri et d’autres célébrations religieuses. L’entrée avec un grand portail antique, bordée de petites habitations, conduit vers une ancienne gare ferroviaire qui portait le nom du rajah et aboutit au temple où une salle est réservée à des ONG facilitant des rencontres avec les personnes âgées des alentours.

Sous l’empire britannique, la culture de l’indigo se répand dans les colonies. Mais il arrive un temps où l’indigo ne génère plus autant de profits. Alors le premier membre qui s’occupe de cette culture et qui travaille avec les Britishers, dont il a subi l’influence, comme ils disent, plie bagage et descend en bateau sur la rivière Ganga comme beaucoup d’autres jusqu’à Calcutta. C’est dans ce grand port que se joue l’avenir de ces aventuriers.

Le jeune célibataire, après sa longue traversée et avec beaucoup d’espoir, arrive à Mauritius et exerce en tant que Pandit dans le sud du pays. Il fonde la première génération en se mariant avec une Indienne de la région pour ne jamais repartir en Uttar Pradesh. Les cousins continuent la tâche. Avec le temps, d’autres membres - surtout les jeunes - bougent vers Lucknow, Bénarès et Delhi.

La famille attachée à cette localité est encore respectée comme un dignitaire ; peut-être à cause de sa lignée, de la belle demeure qui ne passe pas inaperçue, de l’université que la famille a fondée dans la localité et de l’engagement d’un ou de deux membres dans la politique et le bénévolat.

En écoutant parler Warrendra, je sens une certaine nostalgie de l’époque où les rajahs avaient des arpents de terre dont une grande partie a été perdue après l’indépendance en 1945. La vieille gare de trains est fermée, les autres terres sont cultivées. « We still have the farm, but more or less wheat », dit-il.

Ce qui rappelle vraiment l’époque d’un Etat de l’Inde avec ses châteaux et ses maharajas, ce sont les photographies et les objets conservés précieusement. On retrace l’Histoire en voyant les colonnades, les formes et couleurs des anciens turbans et costumes, les postures sur les photos, les noms qui restent pour la postérité.

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