Election partielle No. 18: Comportement électoral et Prévisions

L’élection partielle intervient trois ans après le « séisme » électoral de décembre 2014. En tout cas, cela ‘va bouger’

— Analyse réalisée par l’ORAC

‘L’élection partielle intervient trois ans après le « séisme » électoral de décembre 2014. Compte tenu du fait que l’électorat est de plus en plus changeant, démontrée de manière éclatante en 2014, il sera intéressant de suivre le comportement de ce segment flottant. En tout cas, cela ‘va bouger’ »

 

Analyse réalisée par l’ORAC
(Opinion Research Analysis Consult)

 

Dans une étude publiée par Mauritius Times en avril-mai 2016, nous avions examiné en profondeur l’évolution du comportement électoral à Maurice depuis les premières élections générales de 1948 jusqu’à celles de 2014. Du modèle basé sur l’identification de classe, il est passé à celui de l’identification ethno-partisane à partir de 1967. Les années 70, marquées par l’émergence du MMM et un retour au clivage social, engendreront une recomposition de l’échiquier politique. La grave crise de 1982-83 entraînera dans son sillage une restructuration du comportement électoral autour du clivage ethnique.

C’est à partir de 1983 que va se manifester véritablement le phénomène de volatilité électorale – le changement de choix d’une élection à une autre – atteignant un taux record en 2014. Une instabilité qui s’inscrit toutefois essentiellement dans les paramètres du clivage ethnique : l’électeur change son choix de parti sans pour autant changer du camp qu’il considère proche ethniquement.

Les enseignements au niveau national

Cette démonstration d’un point de vue empirique s’appuyait sur l’utilisation des performances effectives lors des élections des partis politiques par rapport à l’ensemble de l’électorat, permettant ainsi d’évaluer leur force réelle tout en incluant le segment abstentionniste de plus en plus important.

Pour rappel, les principaux enseignements de cette étude sont que :

  • Le vote strictement partisan est de plus en plus instable à l’intérieur de deux camps : un camp PTr-MSM et un camp MMM-PMSD. La porosité entre les électorats PTr et MSM a connu un chassé-croisé significatif depuis 1991 lorsqu’une partie de l’électorat MSM, anciennement rouge, retourne vers le PTr. Puis, en 1995, ce même segment flottant rallie le MSM mais regagne le PTr en 2000 et y reste en 2005. En 2014, cet électorat instable plus une partie du socle travailliste de 2010 ‘vire’ du côté MSM.
    Quant à la porosité entre le MMM et le PMSD, elle a joué de manière importante dans le sens du MMM depuis 1976. Le socle électoral du PMSD, 38% en 1967, est estimé autour de 5% en 2010. Mais, en 2014, une partie de l’électorat MMM rejoint le PMSD.
  • Les alliances transgressives, à savoir celles entre les ‘grands’ partis appartenant à des camps différents, favorisent la volatilité notamment lorsque le MMM s’allie avec le PTr (1995, 2014), ou avec le MSM (1991, 2000, 2005). Dans le premier cas, cela se traduit par un déplacement d’une fraction de l’électorat PTr vers le MSM et, l’inverse, dans le deuxième cas. Quant au MMM en situation d’alliance, une frange de son électorat choisit l’abstention ou le PMSD et le Mouvement Liberateur comme en 2014.
  • L’abstention protestataire, à distinguer de l’abstention structurelle ou systématique – de l’ordre de 13% des inscrits – qui ne varie pas selon les circonstances politiques, progresse depuis 1991 avec la première « grande alliance » MMM-MSM. Elle touche principalement le MMM et a atteint un taux record de 26% en 2014.

L’évolution du comportement électoral au N° 18

Les grandes lignes sur l’évolution du comportement électoral au niveau national étant établies, nous allons examiner celle de la circonscription de Belle-Rose Quatre-Bornes, et voir comment son corps électoral pourrait se comporter lors de la prochaine partielle. Particularité intéressante c’est que cette consultation se déroule sans « grande alliance ». Les pourcentages ou points avancés – arrondis dans la mesure du raisonnable — sont calculés sur la base des inscrits et non pas des suffrages exprimés. Il s’agit de la moyenne des suffrages obtenus par chaque formation – total des suffrages divisé par trois (scrutin à 3 sièges par circonscription) de sorte que l’abstention est prise en compte affichant ainsi les forces politiques réelles.

Résultats au No 18 et observations

1967
– Parti de l’Indépendance
(PTr-CAM-IFB) :                             40%

– PMSD :                                                50%

– Abstention :                                        10%

1976
– Parti de l’Indépendance :                  30%
(PTr-CAM)

– MMM :                                                 29%

– PMSD :                                                 24%

– Autres :                                                    5%
(dont 4% à l’UDM créée suite à scission au PMSD)

– Abstention :                                         12%

De 1967 à 1976, le PMSD a perdu 20% au profit principalement du MMM qui capte également 9% provenant en grande partie de l’électorat CAM et IFB de 1967. L’électorat travailliste reste relativement stable.

 1982
– MMM-PSM :                                     48%

– PTr
(Parti de l’Alliance Nationale) :    22%

– PMSD :                                               16%

– Autres :                                                1%

– Abstention :                                      13%

De 1976 à 1982, la baisse de 8 points du PMSD profite au MMM qui bénéficie en plus des 4% de l’UDM de 1976 alors que l’apport du PSM est estimé à 5-6 points. Le MMM progresse donc par rapport à 1976 pour atteindre 42%. Le socle travailliste, au plus bas lors de cette élection, constitue son ‘hard-core’ qui va durer jusqu’en 2014.

1983

– MSM-PTr-PMSD :  43%

– MMM :                     38%

– Autres :                      2%

– Abstention :             17%

Ce qu’on peut retenir, c’est que le MMM reste plus ou moins stable par rapport à 1982. L’apport du PTr avec son ‘hard-core’ de 1982 est majoritaire dans l’alliance Bleu-Blanc-Rouge.

1987 
Les résultats sont à 2-3 points près les mêmes qu’en 1983 avec un MSM-PTr-PMSD à 46% ; et le MMM à 40%, son score le plus élevé réalisé dans cette circonscription, l’abstention étant à 13% ; (Autres : 1%).

1991

– MMM-MSM :          47%

– PTr-PMSD :            37%

– Autres :                      1%

– Abstention :            15%

L’électorat MMM, lui, reste très majoritairement fidèle alors que le MSM, selon notre estimation, recule de quelques points au profit du PTr. Comme au niveau national, la porosité entre l’électorat MSM et PTr va dans le sens des Travaillistes.

1995

– PTr-MMM :                      51%

– MSM :                                16%

– Parti Gaëtan Duval :        6%

– Autres :                              2%

– Abstention :                     25%

L’Alliance PTr-MMM recule, selon nos estimations, d’une quinzaine de points par rapport à leur potentiel électoral total. La baisse du score travailliste a profité cette fois-ci au MSM alors que les points laissés par le MMM et ceux du PGD (PMSD de 1991) ont contribué au très fort taux d’abstention en forte progression.

2000

– MMM-MSM :          42%

– PTr-PMXD :             31%

– Autres :                      6%

– Abstention :             20%

Le MMM retrouve son électorat de 1991, notamment ses abstentionnistes de 1995, bénéficiant de l’effet du partage de prime ministership. Le PTr défait récupère toutefois son électorat flottant passé au MSM en 1995 alors que le PMXD, créé suite à une scission au PMSD, est à son niveau le plus bas.

2005

– PTr-PMSD :           43%

– MMM-MSM :       36%

– Autres :                    2%

– Abstention :           19%

Le PTr progresse par rapport à 2000 au détriment du MSM, mais aussi du MMM, alors que le PMSD retrouve ses abstentionnistes de 2000. Comme en 1995, l’abstention touche cette fois-ci le MMM.

2010

– PTr-MSM-PMSD : 39%

– MMM :                    35%

– Autres :                    3%

– Abstention :           23%

Le MMM briguant seul les suffrages réalise là un bon score avec le retour des abstentionnistes de 2005. Le PTr touché par l’abstentionnisme recule, de même que le MSM. Le PMSD se maintient.

2014

– MSM-ML-PMSD : 39%

– PTr/ MMM :           29%

– Autres :                    6%

– Abstention :           26%

Cette consultation marque une véritable rupture – sismique — en termes de fidélité politique avec une volatilité record, chamboulant de manière radicale le paysage politique. L’indice de volatilité (la somme des écarts entre les résultats des différents partis entre deux élections divisée par deux) s’élève à un chiffre record de 32%. Par rapport à 2010, selon nos estimations, la moitié des électeurs travaillistes de 2010 sont passés au MSM. Alors que plus de la moitié de l’électorat MMM, soit 20%, ont choisi, grosso modo, le PMSD à hauteur de 10%, le ML (5%), autres candidats et abstention (10%). Il convient de souligner que pour la première fois la porosité entre les électorats mauve et bleu a joué dans le sens du PMSD.

Les prévisions de la partielle

L’évolution du comportement électoral dans la circonscription No. 18 suit à peu de choses près les mêmes tendances qu’au niveau national avec un vote partisan instable mais qui reste dans la logique du clivage ‘communautariste’. De même les alliances transgressives tendent à favoriser la volatilité partisane et l’abstentionnisme qui est en nette progression.

C’est dans ce contexte que va se dérouler la partielle de la circonscription Belle-Rose Quatre-Bornes. Cette élection intervient trois ans après le « séisme » électoral de décembre 2014. Compte tenu du fait que l’électorat est de plus en plus changeant, démontrée de manière éclatante en 2014, il sera intéressant de suivre le comportement de ce segment flottant. En tout cas, cela « va bouger ». Car l’Alliance gouvernementale, déjà affaiblie par le départ du PMSD et de l’un de ses principaux dirigeants, est passablement étiolée dans un climat d’impopularité du pouvoir, ce qui explique d’ailleurs son absence à cette consultation.

Des quatre principales formations alignant leur candidat – séparément — le PTr et le MMM démarrent en pole position devant le PMSD et le Reform Party (RP). D’abord, n’exerçant pas le pouvoir, ils sont assurés de conserver leur socle plancher, soit 15% des inscrits. Ensuite parce que le PMSD et le candidat du Reform Party avaient fait partie du gouvernement au ‘top’ niveau, ce qui offre au PTr et au MMM la possibilité d’atteindre un étiage supérieur en retrouvant leur électorat flottant ayant « viré » ou s’étant abstenu en 2014.

En comparant les résultats de 2010 et 2014, nous situons l’électorat flottant travailliste à environ 15% des inscrits et celui du MMM autour de 20%. Selon nos prévisions, la dispersion du vote en présence d’un grand nombre de candidats et l’abstention seront plus importantes qu’en 1976. Ceci laisse prévoir un score autour de 25% des inscrits pour le vainqueur, soit environ 11,000 voix effectifs. Les points supplémentaires nécessaires au candidat rouge ou mauve pour triompher seront de l’ordre de 10% et ce ne sera pas une partie de plaisir.

En effet, s’agissant de l’électorat flottant travailliste, il est particulièrement sollicité par le candidat du Reform Party. Une partie peut aussi être tentée par l’abstention en raison de la politisation négative de la campagne. Le candidat travailliste peut toutefois compter sur sa propre personnalité, élément important dans une élection où il y a un seul siège en jeu. Face au candidat du Reform Party dans le combat visant l’électorat travailliste ayant « viré » en 2014, le candidat rouge possède un avantage certain. Il lui faut toutefois faire revenir plus de deux tiers de ce segment. Le candidat du Reform Party qui ne pourra pas compter sur les électeurs, peu nombreux, « die-hard » MSM enclins à l’abstention, encore moins sur ceux du PMSD, aura du mal à dépasser les 10% des inscrits.

Quant au MMM, dont plus de la moitié de son électorat de 2010 avait migré ailleurs ou s’est abstenu en 2014, son opération de récupération s’avère également ardue. Néanmoins, il possède un argument de taille. La raison principale avancée pour expliquer la désertion de 2014, c’est l’alliance avec un PTr diabolisé. Dès lors qu’il se présente seul à cette élection, il peut espérer retrouver une partie de son électorat mobile. Mais la concurrence est rude. D’une part, la fraction captée par les bleus en 2014 semble s’être cristallisée dans le giron du PMSD. Si cette hypothèse se vérifie, le PMSD retrouvera son audience de 1982 autour de 15% des inscrits. Au cas contraire, les chances de succès du MMM seront bien réelles.

D’autre part, cet électorat flottant mauve également dragué par les candidats de la gauche radicale et, dans une certaine mesure, par la candidate du Mouvement Patriotique, pourra gêner la candidate mauve. Le MMM pourra cependant compter sur une grande partie de son électorat qui avait suivi à hauteur de 5% le Mouvement Libérateur en 2014.

En définitive, faute de véritable force alternative crédible et un pouvoir démonétisé, les électeurs volatiles et indécis retourneront en majeure partie au « bercail ». L’ampleur de cette mobilité déterminera l’issue de cette partielle, certes sans enjeu national au sens strict mais riche en enseignements en vue des prochaines législatives.

 

*  Published in print edition on 10 November 2017

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