Interview Jooneed Jeeroburkhan

 

 

« Ramgoolam devrait vider l’abcès MedPoint…

… au lieu de s’abriter derrière l’ICAC »

* « Le changement au MMM, s’il est encore possible, devra venir des jeunes, filles et garçons, de la base, des quartiers et des régions »

 

Mauritius Times : Le MMM, son leader et la presse complaisante envers ce parti semblent avoir été tous pris au dépourvu par la prise de position du chef du gouvernement dans l’affaire Medpoint : Navin Ramgoolam ne lâche pas son allié et ministre des Finances malgré le battage médiatique poussant dans cette direction, mais il prend bien soin de répondre à la PNQ de Paul Bérenger par une « open-ended answer »… au cas où l’ICAC viendrait démolir la version des responsables de ce dossier aux Finances et à la Santé. Pouvait-il agir autrement ?

Jooneed Jeeroburkhan : La riposte de Navin Ramgoolam dans l’affaire MedPoint était prévisible, même pour moi ici à Montréal. Si l’opposition et des médias locaux ont été pris au dépourvu, comme vous le dites, c’est qu’ils sont « dans les pommes » bien que tournant en rond dans le même aquarium que lui. C’est plutôt l’affaissement du MMM face à la manœuvre dilatoire du PM qui a pris au dépourvu la presse que vous appelez complaisante.

« Pschitt » et « petar fizet », s’est indigné Finlay Salesse dans L’express, qui en a perdu son français, écrivant que « le « soufflet (sic) MedPoint n’a pas pris ». J’ai envoyé une note au journal pour souligner qu’il aurait dû écrire « soufflé » pour cadrer avec l’image gastronomique, car « soufflet », c’est un instrument pour pomper l’air… Bien sûr, L’express n’a pas publié ma remarque, mais j’ai noté mercredi soir que la faute avait été corrigée sur le site-web ! C’est déjà ça de gagné!

Les rugissements pré-PNQ des ténors du MMM avaient laissé prévoir du « Shock and Awe » au Parlement sur l’affaire MedPoint. À la démonstration, tout le monde s’est rendu compte qu’il s’agissait de bien timides miaulements. Quant à Ramgoolam, c’est sûr qu’il pouvait agir autrement. Pour démontrer qu’il gouverne dans la transparence, comme il le prétend, il pouvait faire preuve de leadership et prendre le taureau par les cornes, sachant très bien que la perception de conflit d’intérêts, voire de malversations, est trop énorme dans cette affaire de Rs 145 millions. Mais, fidèle à lui-même, il s’est abrité derrière l’ICAC – qui est devenu, soit dit en passant, un refuge bien trop commode pour éviter de rendre compte au peuple devant ses représentants élus.

* Croire que Navin Ramgoolam allait « secouer sa baraque » au tout début de son deuxième mandat et faire une place au leader du MMM… cela relève d’une certaine naïveté, du « wishful thinking » ? C’est quoi au juste, selon vous ?

Ni naïveté ni wishful thinking. Navin et Paul se livrent depuis assez longtemps, sous nos yeux, à une valse-hésitation de longue haleine, sinon langoureuse. Le caudillo du MMM a fait son lit : il évite de s’en prendre directement au PM, et quand il le fait c’est avec des gants blancs, si j’ose dire.

Pravind, par contre, est fair game, comme disent les Anglais. Et là, il se retrouve en plein sur la sellette : ministre des Finances et actionnaire d’une clinique où sa famille détient d’importants intérêts, il en a fait conclure l’achat, au nom de l’État, par la ministre de la Santé, sa cousine. On ne saurait offrir meilleure cible à une opposition épuisée et frustrée. Ce qui, à mon avis, n’est pas pour déplaire à Navin Ramgoolam : il peut remercier le MMM de tenir ainsi son jeune allié sur la défensive. J’ai déjà écrit qu’en concrétisant l’alliance du PTr et du MSM, le chat (lion?) Navin chercherait à avaler le serin Pravind. Il finira peut-être par le régurgiter, mais il aura réussi à entraîner Bérenger dans son jeu du chat et du serin. Et Bérenger, qui est tout sauf naïf ou rêveur, lui fait une opposition « loyale » tout en se déchaînant contre le jeune Pravind qui, lui, attend son heure. Le PM finira peut-être aussi par faire une place, quelque part, au leader du MMM. Mais, pour l’instant, il s’amuse bien avec ses deux ennemis jurés de l’inoubliable Accord… MedPoint de l’An 2000.

* Le grand perdant dans cette histoire, c’est sans doute le MSM. On se serait attendu à ce que le ministre des Finances ou même la ministre de la Santé vienne tout déballer, preuves et documents à l’appui – en conférence de presse ou par le biais d’un ‘Minister’s Statement’ au Parlement — cela afin de sauver l’honneur. Ils ne l’ont pas fait, sinon maladroitement… Or, il y a l’ambition politique d’un leader de parti en jeu. Qu’est-ce qui retient le MSM, à votre avis ?

Le grand perdant, le vrai, c’est le peuple mauricien; ce sont les contribuables, surtout si la valeur de la clinique a été gonflée délibérément pour aller chercher Rs 145 millions dans les coffres de l’Etat – alors que l’économie bat de l’aile, que le chômage augmente, que la pauvreté n’en finit pas d’être combattue.

C’est pour cette raison que le PM se doit de percer l’opacité de cette transaction, d’évacuer toute perception de malversation, de dissiper tout doute ou suspicion, et de rétablir la confiance du public envers son gouvernement. Le Cabinet est aux ordres du PM, qui a centralisé l’essentiel des fonctions ministérielles au sein et autour du PMO. On voit mal Pravind Jugnauth ou Maya Hanoomanjee prendre de leur propre chef l’initiative d’un grand déballage public du dossier MedPoint. Et l’ordre du PMO de se livrer à un tel déballage se fait attendre. Ils sont tous réfugiés derrière l’ICAC. À moins que le PM n’ait choisi de donner au MSM la corde pour se pendre.

Cette haute main du PMO était manifeste dès le budget 2010 de Pravind Jugnauth. L’exercice tant attendu devait annoncer la vision, voire le projet de société, du 2e mandat de Navin Ramgoolam en ce 21e siècle. Il n’en a rien été. Jugnauth s’est contenté de rendre public son petit programme de komi laboutik; la « vision » du gouvernement, si vision il y a, reste l’apanage du PMO, un secret jalousement conservé, à n’être dévoilé qu’au compte-gouttes, et sans débat public.

* Il se pourrait que ce ne soit pas autant l’alliance avortée PTr-MMM mais plutôt celle entre le PTr et le MSM qui dérange, d’où les tentatives des uns et des autres de tirer sur la gâchette au moindre faux pas de l’un ou de l’autre. Qu’en pensez-vous ?

C’est sûr que l’oligarchie et le gros secteur privé n’ont pas caché leur préférence pour une alliance PTr-MMM. Que dis-je? Même Raouf Bundhun a plaidé pour l’entrée du MMM au gouvernement, sans frémir à l’idée qu’il prônait ainsi une sorte de « parti unique », lui, paladin de Democracy Watch ! Et pourtant, ce n’est pas comme si le MSM est un parti révolutionnaire, marxiste ou même socialiste (malgré son nom). C’est un parti tout aussi dévoué au secteur privé. À la différence que le MMM est lié à l’oligarchie, alors que le MSM s’appuie sur la bourgeoisie émergente, ce que Lalit appelle bourgeoisie d’État.

C’est ici que la « démocratisation de l’économie » prend tout son sens, comme code, dans le contexte mauricien. Le ministère des Finances s’est empressé de « démocratiser l’économie » en prenant Rs145 millions à l’État pour remplir les poches des propriétaires de la clinique MedPoint ! Alors que pour ce projet d’hôpital gériatrique du gouvernement, il y avait d’autres soumissionnaires qui, eux, réclamaient, semble-t-il, entre Rs 40 millions et Rs 117 millions.

L’alliance PTr-MSM dérange donc l’oligarchie et le gros secteur privé – que le gouvernement Ramgoolam ne menace guère pourtant, loin de là, mais qui, sans le MMM, ne se sentent pas « au pouvoir » comme il faut, pas installés au cœur de l’État comme il faut. Alors, comme Lucky Luke, ils tirent plus vite que leur ombre…

* Pensez-vous que le pays, le gouvernement et l’opposition ont mieux à faire que de se focaliser sur l’affaire Medpoint ? Certains observateurs estiment que le pays ne peut se permettre d’être en campagne électorale permanente. Mais c’est sans compter sur le jeu politique, sa logique et ses contradictions, n’est-ce pas ?

La question n’est pas de se focaliser sur l’affaire MedPoint au point de ne pouvoir se focaliser en même temps sur d’autres thèmes et d’autres défis. Il faut pouvoir se focaliser sur plusieurs questions à la fois. C’est cela, gouverner.

Mais si le jeu politique fait du pays l’otage d’une « campagne électorale permanente », c’est à cause de la médiocrité des joueurs, politiciens tout autant qu’élites et médias qui, à force d’habitude, ont fini par se complaire dans ce jeu de bas étage. Ils me font penser au maladroit Gérard Ford, qui a remplacé Richard Nixon en 1974 comme Président des États-Unis. On disait de Ford qu’il était incapable de « chew gum and walk straight at the same time »! C’est-à-dire qu’il ne pouvait pas faire deux choses à la fois. Comment allons-nous bâtir la « société moderne » que nous promet le PM si nous n’arrivons même pas à maîtriser le « multi-tasking »?

* Mais campagne électorale permanente ou pas, les élections municipales sont pour bientôt. Le gouvernement aurait l’intention de « municipaliser » tout le pays, ce qui n’est pas pour plaire aux partis qui n’ont des assises que dans les régions urbaines. Qu’est-ce que cette municipalisation du pays va donner, selon vous ?

Voilà un bel exemple de faux débats qu’aiment lancer nos gouvernements et celui de Navin Ramgoolam ne fait pas exception. Faux débats qui détournent les énergies, sèment la frustration et laisse le peuple épuisé et désabusé.

Amender la Constitution en est un autre. Pas que notre Constitution soit parfaite, loin de là. Mais le but visé est toujours d’entraîner le pays dans un exercice oiseux, surtout que les questions ainsi soulevées ont déjà été réglées EN HAUT, au- dessus du peuple.

Dites-moi en quoi la municipalisation du pays va accroître et revigorer la démocratie au sein de la société ? Bien au contraire. Cet indécent petit truc sorti du chapeau du gouvernement lui a servi de prétexte pour renvoyer les élections municipales et villageoises. Ce dont Maurice a besoin c’est d’un approfondissement de la démocratie, au niveau des administrations régionales, locales et des quartiers. Pour fonctionner comme il faut, villes et villages ont besoin de budgets et d’implication croissante des citoyennes et citoyennes pour une démocratie de plus en plus participative. Cela ne pouvait-il pas se faire dans le cadre du vieux système? Et ce que vous appelez « la municipalisation du pays » va-t-il donner plus de moyens et plus de pouvoirs à la base et aux citoyennes et citoyens pour organiser leur vie de quartier, se doter d’installations nécessaires aux loisirs pour les jeunes et les vieux, et veiller à la sauvegarde de l’environnement? Voilà les grands enjeux du 21e siècle.

« Think Globally, Act Locally ». Quant aux petits calculs pouvoiristes, je dis qu’il est grand temps de dépasser la partisannerie mesquine et de voir le bien commun comme un tout relié à la région et au monde.

* A Rodrigues, il semblerait que la campagne électorale aurait déjà débuté. Certains avancent que la dose de proportionnelle, qui avait été injectée dans le système électoral rodriguais, serait à l’origine de l’instabilité qui prévaut dans l’île. Pensez-vous qu’il faut revoir la Rodrigues Assembly Act mais aussi le concept de l’autonomie?

Plus que Rodrigues, qui présente à la fois un nombre très limité de partis et une grande homogénéité ethnique, c’est Maurice qui aurait besoin d’« une dose de proportionnelle », ne serait-ce qu’à cause de sa très grande diversité ethnique, sociale et politique.

Il y aurait peut-être lieu de revoir la Rodrigues Assembly Act, oui, surtout que la demande vient de dirigeants politiques de l’île. Mais encore faut-il que cela se fasse dans la transparence et le plus démocratiquement possible. Pour ce qui est du concept même de l’autonomie, on ne doit pas y toucher. Mais on peut et on doit l’aménager de temps à autre en fonction des demandes, des suggestions et des critiques qui seraient formulées par les Rodriguaises et Rodriguais eux-mêmes, et là aussi, dans la plus grande transparence et le respect de la démocratie citoyenne.

* Autre sujet qui focalise l’attention et l’action des politiques et des syndicats : la cherté de la vie dans le sillage des augmentations des prix. Difficile de contenir le mécontentement des consommateurs face à l’érosion de leur pouvoir d’achat. Que peut bien faire un gouvernement devant une telle situation ?

Le budget ti-trin-trin-zeran-laboutik de Pravind Jugnauth n’avait rien prévu ! La crise est telle, et va sûrement empirer, que le gouvernement est forcé de réagir sous la pression, d’improviser, comme il tente de le faire en persuadant les marchands à baisser leurs prix. C’est de la mauvaise gouvernance. Il fallait prévoir et il fallait agir depuis longtemps. Comme face à la sécheresse et aux inondations. Mais il n’est jamais trop tard. Or, je vois que le secteur agricole est en déclin, étant passé de 7% à 4% du PIB en 10 ans ! Mais, au lieu de prévoir et d’agir dans l’intérêt national à moyen et à long termes, on veut absolument singer Singapour ou Dubaï ! Alors les terres agricoles sont livrées à la spéculation foncière – et nos capitaux s’en vont coloniser des terres au Mozambique et à Madagascar, en attendant que la révolte arabe franchisse le Sahara vers le sud !

Le déficit commercial se creuse et continuera à se creuser au rythme où nous continuerons d’importer notre alimentation, nos voitures et notre pétrole coûteux et polluant. Nous plastronnons avec la hausse des investissements étrangers directs, mais nous assistons en même temps à la perte de terres agricoles et aux enquêtes indiennes sur des pratiques douteuses dans notre secteur offshore liées à la drogue, à l’évasion fiscale, voire au terrorisme…

Je reviens de Cuba, qui aurait bien des enseignements pour nous par son développement social, son absence de richesse et de pauvreté extrêmes, sa protection de l’écologie, son tourisme forfaitaire (vols, transferts, hôtels, repas et boissons) qui attire plus de 2 millions de visiteurs par an (y compris le tourisme social et médical), et la chaleur des Cubaines et des Cubains, bien dans leur peau, confiants, dégourdis, hospitaliers – malgré un demi-siècle d’embargo des Etats-Unis! Et il n’est pas nécessaire de pratiquer le communisme ou le castrisme pour s’inspirer des nombreuses réussites cubaines…

* Pour avoir couvert les pays arabes en tant que journaliste d’une publication canadienne, je suppose que vous êtes en train de suivre de près ce qui se passe au jour le jour dans le monde arabe. Quelle est votre analyse de la situation ?Je l’ai déjà dit au Mauritius Times et je l’ai écrit dans mon petit livre bleu, Un Autre Maurice Est Possible, publié l’an dernier chez BM Bookcentre: l’Ordre mondial change, l’hégémonie occidentale a fait son temps. L’Asie se réveille, l’Amérique latine s’est prise en mains, il restait le glacis moyen-oriental et la vaste étendue sub-saharienne. Eh bien, voici le réveil arabe. Quand l’ex-URSS s’est effondrée, l’Occident a soutenu l’instauration des libertés et de la démocratie dans les anciens satellites de la Russie, en Europe de l’Est, dans la Baltique, dans le Caucase.

Mais le même Occident a remplacé le vieux démon communiste par un nouveau démon appelé « terrorisme » et « islamisme » pour maintenir au pouvoir les régimes dictatoriaux chez ses anciens alliés arabes de la Guerre froide. Vingt ans plus tard, une nouvelle génération de filles et de garçons se soulève, depuis le Maroc jusqu’au Golfe des monarchies absolues dans les pétro-émirats, pour rejeter le modèle imposé de Ben Laden et réclamer leurs droits et leur dignité. « Nous ne voulons pas la démocratie (avec l’ingérence paternaliste que ce mot charrie dans la bouche des Occidentaux), nous voulons élire notre propre gouvernement », a dit avec ironie l’autre jour un jeune Tunisien à la télévision iranienne PressTV.

Otage de ses vieux réflexes et vested interests, et emporté par son élan hégémoniste, l’Occident s’efforce d’orienter la vague en sa faveur. Et il s’embourbe dans ses contradictions : il bombarde la Libye « pour protéger les civils ! » – Washington en profite pour tenter d’y déployer son malheureux Africom – et il donne à l’Arabie Saoudite le feu vert pour aller faire la police à Bahrein et réprimer la révolte en tirant sur les civils ! L’hypocrisie est aveuglante, en ces temps d’Internet, de téléphonie mobile, de sms, et d’informations instantanées échappant aux vieux filtres de CNN, de la BBC, de Radio-France… Mais ce n’est que la révolte, ce n’est pas encore la révolution, quoique la révolte s’étendra à terme à l’Afrique au sud du Sahara. Ce n’est qu’une question de temps.

* Pour rester dans le champ des médias, vous êtes sans doute au courant que de nouvelles structures médiatiques vont probablement être mises en place dans les mois à venir chez nous à Maurice. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Sur ce sujet, je sais seulement ce que je lis dans nos journaux en ligne, et ce n’est pas grand-chose. De temps à autre un entrefilet, sans contexte ni analyse sérieuse, et sans suivi, sur tel propos du PM, telles déclarations d’experts étrangers invités à conseiller le gouvernement. Et, conformément à la manie mauricienne, pas de débats publics. Et comme tout est centralisé au PMO, il faudra vraiment attendre que l’oracle se prononce pour se faire une idée – mais alors tout sera déjà décidé, en haut et unilatéralement, comme d’habitude. Il fait dire que la presse pro-oligarchie campe sur sa position d’adversaire de l’Etat, et que l’autre presse se tait et attend docilement de prendre la vague au bon moment. Alors, dans ces conditions, impossible de se laisser « inspirer », comme vous dites.

* Une dernière question. Kee Chong Li Kwong Wing nous disait, la semaine dernière, sa peine de constater « ce gâchis d’énergie de certains anciens camarades qui continuent à œuvrer dans une voie purement anti-Bérenger » et son souhait de les voir revenir au MMM afin de « partager le flambeau de la lutte militante au lieu de nous perdre dans des querelles stériles ». En clair, c’est un appel du pied adressé sans doute à des gens comme vous puisque membre fondateur du MMM, pour retourner à la “case mama ». Comment réagissez-vous à cela ?

Ah, ce cher Kee Chong ! Je le pensais plus sérieux. S’il est persuadé de ce qu’il vous a dit, qu’il cesse ses « appels du pied » – même s’il possède peut-être un bon contrôle du ballon au soccer ! Qu’il persuade son leader, la direction de son parti, et son membership, d’entamer un kozkoze, un vrai celui-là, avec les « anciens camarades » qu’il souhaite voir réintégrer le parti. Je pense notamment à Ram Seegobin et aux camarades de Lalit, à Ashok Subron, Veena Dholah et aux camarades de Resistans ek Alternativ, à Jack Bizlall et à ses camarades et collègues, à Dev Virahsawmy et à son entourage, à mon frère Chafeekh, à Dhirish Balgobin, à Ah Ken Wong, et à combien d’autres encore.

Kee Chong doit savoir que le travail doit se faire au sein du MMM d’abord. Est-il capable de prendre et de mener à bien une telle initiative ? Son leader et ses collègues du bureau politique y sont-ils disponibles ? Le MMM est-il capable d’une renaissance? Pour cela, il lui faudra accepter de changer, radicalement. En est-il capable ? J’en doute fort, surtout quand je pense que le fameux “document d’autocritique interne” du MMM coulé au lendemain des dernières législatives est resté sans lendemain !

* Avec un MMM sans Bérenger, ce serait envisageable ?

Avec ou sans Bérenger, la question essentielle reste la disponibilité du MMM au changement. Cela signifierait une « rectification » radicale qui tiendrait Bérenger responsable du « détournement » du parti vers la priorisation de la collaboration de classes aux dépens de la relance du combat historique de libération initiée par le PTr contre l’apartheid mauricien. C’est ce que Lalit appelle l’Histoire d’une trahison, qu’il situe au début des années 1980, et que moi je situe dès 1970.

Pensez-vous que la bête soit capable de « change its spots » ? Soyons réalistes. Ou Bérenger devra se faire hara-kiri ou le parti devra l’expulser et se « dé-bérengériser ». Mais sans Bérenger, ce sera plutôt le free-for-all entre les barons (et duchesses) dinosaures, marinés et faisandés dans la culture dictatoriale et autoritaire du parti et dans un culte de personnalité de plus de 40 ans – plus que le règne de Hosni Moubarak en Égypte ou de Ben Ali en Tunisie !

Non, le changement au MMM, s’il est encore possible, devra venir des jeunes, filles et garçons, de la base, des quartiers et des régions. Il devra allier un authentique retour aux sources à l’ouverture sur la recherche solidaire et globale d’un altermondialisme juste, durable et écologique. Et il devra émerger, démocratiquement, au sein d’une Assemblée des délégués souveraine. Disons que je ne perds pas de sommeil là-dessus ! Je crois possible, voire nécessaire, un front commun des forces de gauche pour aligner Maurice solidement sur la voie du 21e siècle, mais je ne vois pas le MMM dans ce rassemblement.

Je vois les jeunes, les femmes, les syndicats, les étudiantes et étudiants, les travailleuses et travailleurs, les écolos, la mouvance diverse de la société civile et des courants citoyens, et un nombre croissant d’intellectuels et d’artistes qui cherchent une alternative à l’étouffant statu quo. Mais le MMM, non. La grande ironie de la trahison du MMM de Bérenger, c’est qu’il a commencé, par sa précipitation hypnotique à l’affrontement en 1970-71, par priver le PTr de sa base, et donc par fragiliser le jeune et frêle État post- indépendance. Et il a fini par prendre la place du PMSD de Gaëtan Duval comme champion de l’oligarchie, ce qui a permis au PTr de ressusciter de ses cendres. Et il a divisé et subdivisé les Mauriciens à un point tel que même l’infâme NMU en serait gaga ! Navin Ramgoolam doit donc une fière chandelle à Paul Bérenger ! Un jour, sur la plage de Wolmar, c’était en 1968 ou 1969, Bérenger m’a dit, et cela m’a choqué : « Eta Jooneed, to kone twa ek mwa nou kapav vir sa peyi-la anba-lao ! » Peut-être que lors de son koz-koze avec le PM, il lui a glissé : « Eta Navin, to kone twa ek mwa nou kapav monopoliz pouvwar dan sa peyi-la ! »

L’affaire MedPoint ne finit pas de défrayer la chronique et pourtant, le PM a pris une position qui surprend plus d’un. Jooneed Jeeroburkhan donne son opinion sur l’attitude du PM. Il débouche naturellement sur les liens politiques existants entre le PM et Paul Bérenger, celui qui dénonce l’affaire MedPoint à toutes les occasions. Enfin, en tant que membre fondateur du MMM, il s’attarde sur les propos de Kee Chong Li Kwong Wing concernant une restructuration ou une refonte du MMM, l’avenir de son leader dans cette éventualité et les alliances nécessaires pour apporter ce changement au sein du parti de l’opposition.   

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