Remake MMM-MSM : ‘Une thèse qui peut devenir séduisante pour Pravind Jugnauth et Paul Bérenger’

Interview Lindsay Rivière :

« Le PTr et Navin Ramgoolam ne sont pas
prêts à affronter un bloc MMM-MSM dans
une ‘snap election’ »

‘Bérenger n’a aucun successeur et n’en a préparé aucun. Navin Ramgoolam n’a aucune intention de s’en aller’

Les résultats des élections en France apportent un certain optimisme chez les uns et du scepticisme chez les autres. A Maurice, notre système politique ne satisfait plus les citoyens. Mais les alternatives semblent extrêmement limitées. Quelle est la marge de manœuvre d’un Premier ministre en place pour renforcer l’éthique au sein de son parti, de son alliance et de son gouvernement ? Est-il possible de prévoir l’arrivée de nouveaux leaders sur le terrain ? Lindsay Rivière, journaliste, répond à nos questions. 

Mauritius Times : Il y a une forte odeur d’élection générales dans l’air, disait Paul Bérenger, samedi dernier, et il ajoutait qu’il serait souhaitable que les électeurs puissent se rendre aux urnes avant le Budget 2018/19. Mais c’est au Premier ministre d’établir le calendrier électoral, et il serait peut-être dans son intérêt de retarder l’échéance électorale. Qu’en pensez-vous ?

Lindsay Rivière : Pour Paul Bérenger, en tout temps et en toutes circonstances, les élections générales sont toujours « derrière la porte » ou « imminentes ». C’est sa manière traditionnelle de mobiliser en permanence ses troupes mais c’est souvent du ‘wishful thinking’.

Cette fois, il parle d’aller aux élections « avant le Budget 2018-2019 » et plusieurs observateurs relient ses propos au fait qu’il semble avoir quelque peu changé de ton vis-à-vis de Pravind Jugnauth et qu’il ait évoqué une certaine « nostalgie de 2000-2005 » . Quel crédit pourrait-on accorder à ces propos ?

Sur papier, le Premier ministre n’a aucun intérêt à convoquer rapidement des élections. Pravind Jugnauth vient tout juste d’être nommé Premier ministre dans des circonstances assez controversées et il a besoin de temps pour faire ses preuves. Il dispose, par ailleurs, d’une majorité parlementaire plus que confortable (près de deux tiers des sièges) et semble pouvoir gouverner à sa guise.

Pourquoi alors, se demande-t-on, changerait-il subitement de plan, d’autant plus que le peuple est, ces jours-ci, d’humeur massacrante et que le dernier Budget n’y a rien changé ?

La seule circonstance nouvelle qui pourrait pousser Pravind Jugnauth à dissoudre prématurément le Parlement et à convoquer des « snap elections » serait la suivante : MSM et MMM auraient déjà secrètement négocié et avancé vers un accord quelconque pour un autre « remake » à de nouvelles conditions. Cette rumeur tient-elle la route ?

Dans les deux partis, il semblerait que certains soutiennent l’idée d’aller à de nouvelles élections rapidement face à un Navin Ramgoolam encore empêtré dans des cas en cour, et de donner au PTr et à son leader le coup de grâce. Ainsi, le MSM-MMM pourrait gouverner ensemble de manière plus stable jusqu’en 2022.

Cette thèse serait accréditée par de nombreux éléments : Il y a aujourd’hui une énorme « crisis of expectations » sur à peu près tous les plans. Beaucoup de Mauriciens sont déçus et exaspérés de l’inefficience démontrée devant certaines situations, du climat d’affairisme, des scandales persistants et du manque de rigueur morale.

Pravind Jugnauth a tenté de bien débuter comme PM et a pris certaines bonnes initiatives. Mais, à ce jour, tout le message et le bilan du Gouvernement sont systématiquement éclipsés par les affaires, les scandales et la faiblesse de son équipe. Il faut changer de cap.

On évoque aussi, dans certains milieux, l’essoufflement progressif du Gouvernement, la stagnation économique, le besoin d’un nouveau départ et un soutien actif du secteur privé à la proposition.

Pour l’heure, chacun nie. Dans les faits, tout cela est-il bien réaliste ?

* Donc, plus facilement dit que fait, selon vous ?

Bien sûr ! En politique mauricienne, échafauder de grands plans d’alliance est devenu un jeu favori. Mais il y a souvent loin de la coupe aux lèvres.

Plusieurs questions se poseraient, en effet, sur l’éventualité d’une nouvelle alliance MMM-MSM en plein mandat. Comment accommoder les ambitions et les intérêts des uns et des autres ? Quel équilibre de rôles éventuel pour Pravind Jugnauth et Paul Bérenger ?

Finalement devenu PM après 12 ans d’attente, Pravind Jugnauth choisira-t-il de se remettre sous l’influence (toujours un peu envahissante) de Paul Bérenger ? Cela voudrait inévitablement dire que Bérenger devrait alors aller au Réduit avec des pouvoirs accrus ? Lesquels ?

Le MSM accepterait-il de ne plus avoir la haute main sur le gouvernement et une majorité des sièges ? Le MMM accepterait-il d’être un « junior partner » dans un « remake », de surcroît amputé de Bérenger, envoyé au Réduit ?

Il y a beaucoup d’inconnus dans la thèse d’un « remake ». Ce qui est sûr, pourtant, c’est qu’elle peut devenir séduisante et pour Pravind Jugnauth et pour Paul Bérenger.

Si Pravind Jugnauth peut, en effet, amener le MMM à le rejoindre, il aurait un allié électoral plus solide que le ML et améliorerait ses chances. Par ailleurs, aujourd’hui, le PTr et Navin Ramgoolam ne sont pas prêts à affronter un bloc MMM-MSM dans une « snap election », même avec le soutien du PMSD car le parti ne s’est pas encore entièrement relevé. Quant à Navin Ramgoolam, il a encore à se défendre en cour.

Si un remake MMM-MSM recomposé gagne une « snap election », Pravind Jugnauth pourrait gouverner sereinement jusqu’en 2023. Quant à Paul Bérenger, si cette thèse se matérialise, il finirait sa carrière comme Président avec des pouvoirs et des responsabilités accrus, donc il serait Chef de l’Etat et de la diplomatie. Il assurerait à son parti un rôle important pour les cinq prochaines années, au lieu de croupir dans l’Opposition, sans même disposer de la position de Leader de l’Opposition. Xavier-Luc Duval l’a privé de cet avantage avec seulement six députés, alors qu’il pourrait en avoir beaucoup plus dans un « remake ».

On sent bien l’existence d’une certaine agitation dans le monde politique. Toutefois personne ne confirme rien et, en attendant, chacun campe sur ses positions officielles de non-alliance. On verra bien dans les mois qui viennent.

* On aurait pu croire que le gouvernement MSM-ML, sous Pravind Jugnauth, allait tout mettre en œuvre en vue de gagner la bataille de la croissance, du développement et de l’amélioration des conditions de vie des mauriciens. L’objectif aurait été de faire oublier tous les scandales et autres problèmes de gouvernance depuis la prise de pouvoir de l’Alliance Lepep. Mais il ne paraît pas que le budget 2017-2018 changera la donne sur le plan économique. Qu’en pensez-vous ?

La bataille de la croissance est aujourd’hui un impératif de survie ! On mise pourtant trop, à Maurice, sur le Budget pour provoquer une reprise. Rien ne survient par un coup de baguette magique, tout est toujours difficile.

En réalité, la vigueur économique du pays est déterminée par une multitude de facteurs et de décisions prises pendant toute l’année, ici et outre-mer, dans tous les secteurs. Par conséquent, il ne faut pas faire de fixation sur le Budget. Il faut, en fait, dédramatiser l’impact du Budget. Aucun Budget en lui-même ne fait redécoller un pays.

* Quels sont les facteurs qui détermineront la relance ?

D’abord, la situation internationale. Quand le monde va, Maurice va. Or, le monde ne va pas bien et nous en subissons les conséquences. Ensuite, il faut de la vision, de l’esprit de décision, de l’action, de la cohérence au plan national pour peser en même temps sur tous les éléments affectant des secteurs interdépendants. Or, s’il y a effectivement une éclaircie ça et là (tourisme, construction, etc), le résultat d’ensemble continue à se dégrader à Maurice.

Cela fait dix ans d’affilée qu’on fait du 3% de croissance alors qu’il en faudrait 5-6% pour faire reculer le chômage et passer dans une autre ligue. Les réformes structurelles, d’une urgence absolue, ne suivent toujours pas, malgré toutes les déclarations d’intention. L’efficience et la productivité stagnent alors qu’il faudrait plus d’énergie, plus d’innovation et plus de ‘commitment’ de chacun.

Notre appareil industriel s’affaiblit et nos capacités d’exportation chutent, alors que le déficit commercial se creuse. Les investissements étrangers (déjà trop concentrés dans l’immobilier), au lieu d’augmenter en 2017, comme espéré avec toutes les initiatives prises, ont en fait chuté au premier trimestre 2017 !

Des investissements publics colossaux sont annoncés chaque année mais, finalement, l’argent voté n’est pas totalement dépensé. Nos investisseurs privés traînent la jambe malgré toutes les incitations. Les statistiques de créations d’emplois ne repartent pas à la hausse et nous continuons à connaître du « jobless growth ». Tout cela plombe l’avenir.

A mi-chemin du mandat, l’essentiel pour Maurice et pour Pravind Jugnauth, selon moi, est de restaurer la confiance et de ramener l’optimisme. C’est la condition première de tous les futurs succès !

Or, le pays passe par une grande désillusion et, après 2014, semble reperdre espoir. Tout cela peut s’avérer mortel pour le MSM. Ce dernier ne se rend pas compte de la profondeur du gouffre qui s’ouvre sous ses pieds.

Le pays a atteint un point de bascule. Ce n’est pas un Budget qui va changer l’atmosphère mais c’est tout un ensemble de facteurs psychologiques. Ce qu’il nous faut, c’est du leadership inspiré, de la volonté politique de remettre en cause bien des choses, c’est de montrer une plus grande rectitude morale et d’imposer de nouvelles normes de gouvernance. C’est là qu’on attend le plus Pravind Jugnauth !

* Cependant, le gouvernement MSM-ML a deux bonnes années devant lui pour se refaire une santé politique. Le voyez-vous en mesure et capable de garder la tête au-dessus de l’eau jusqu’à 2019 ?

Vous savez, deux ans passent vite. Si Pravind Jugnauth ne peut pas réaliser toutes ses ambitions pour le pays demain, ce sera essentiellement pour trois raisons : son action est constamment brouillée par les « affaires » qui plombent tout son mandat, empêchent de concentrer les esprits et pourrissent l’atmosphère et la perception des citoyens par rapport au Gouvernement ; la faiblesse de son équipe ; et le fait qu’il ne semble pas pouvoir dompter son parti, contenir les appétits et les mauvaises attitudes de ceux qui gravitent autour du MSM.

Historiquement, le MSM est un parti qui a toujours privilégié une culture de matérialisme effréné. Ceci ouvre les vannes de toutes les rapacités. Pravind Jugnauth, s’il veut être en phase avec le pays, doit pouvoir changer cette culture, mettre de l’ordre dans son parti, imposer discipline et rigueur.

* Les observateurs politiques spéculent déjà sur les alliances à venir. Une recomposition de l’échiquier politique vous semble-t-elle compliquée dans l’état actuel des choses ?

Il est normal que les gens spéculent sur les alliances à venir car, malgré tout ce qu’affirment les partis, chacun à Maurice a compris que le système électoral et le rapport des forces politiques imposent des alliances. Aucun parti ne peut aller vraiment seul aux élections et espérer gagner. Donc, cette question d’alliances sera toujours d’actualité et constituera une donnée permanente de la vie démocratique mauricienne.

Pour diriger efficacement et sereinement l’île Maurice, il faut que quatre facteurs soient réunis:

– une majorité parlementaire incontestable ;
– que cette majorité soit représentative de toutes les composantes de la population ;
– une majorité en voix également au niveau national, soit au moins un million et demi de voix exprimées pour une légitimité indiscutable ; et
– une représentation géographique assez large et non pas concentrée seulement dans les régions rurales ou dans les villes.

Qui peut véritablement, aujourd’hui, remplir ces quatre conditions et gouverner seul ? Qui ? Le PTr et le MSM n’ont pas d’implantation urbaine décisive. Aux dernières élections, le MMM n’a eu qu’un seul député rural (Alan Ganoo). Le PMSD a un poids limité hors des villes. Alors, qui ?

Cela fait 50 ans qu’on conclut des alliances par nécessité démocratique à Maurice et, sans réforme électorale majeure, on continuera à le faire. Il faut cesser cette hypocrisie de faire croire qu’il peut en être autrement.

Vous croyez que les Anglais étaient stupides en proposant 20 larges circonscriptions à trois membres, plutôt que 70 petites circonscriptions à un membre ? C’était pour mieux permettre le PARTAGE et permettre un certain équilibre ethnique. C’est pour cela que nous avons traversé 50 ans en paix. Les alliances sont une forme privilégiée de PARTAGE du pouvoir.

La question qu’on pose souvent est de savoir s’il faut des alliances pré-électorales ou post-électorales basées sur les résultats obtenus. Les alliances pré-électorales ont ceci de bon qu’elles clarifient les choix, sont basées sur un programme et assurent la stabilité et une majorité effective. Mais elles ont l’inconvénient de fermer le jeu, d’exclure les plus petits partis et d’installer la dictature des partis et des leaders.

Les alliances post-électorales, elles, assurent une meilleure représentation des véritables forces politiques mais ont un énorme potentiel d’instabilité et peuvent, comme en 1976, produire des résultats surprenants qui mettent en doute la légitimité et l’équilibre des gouvernements formés dans l’urgence, sans programme. On peut ainsi voir, après une lutte multipartite, des gouvernements n’ayant que 35% des voix populaires, menant à de graves problèmes de perception et de représentation ethnique.

Si on choisit, comme jusqu’ici, les alliances pré-électorales en raison du système électoral dit ‘First Past The Post’, il faut par contre bien réfléchir sur la nature, la qualité, la légitimité, le bien-fondé de ces alliances. Certaines sont plus normales, plus saines, moins contre-nature que d’autres.

Depuis 30 ans, on a observé qu’il n’y a que deux alliances possibles jugées disons plus « naturelles », qui réconcilient les quatre facteurs évoqués plus haut : l’alliance MMM-MSM d’une part, et l’alliance PTr-PMSD d’autre part.

Toute tentative de sortir de ce schéma semble avoir un effet-boomerang : les alliances MSM-PTr en 1987 et 2010 se sont mal passées et celle de 2010 n’a duré que quelques mois. Les alliances MMM-PTr en 1995 et 2014 ont été un désastre pour le MMM. L’alliance MSM-PMSD au sein de Lepep en 2014 n’a même pas duré deux ans. Par contre, la cohabitation PTr-PMSD a bien fonctionné pendant 10 ans et, celle du MSM et du MMM entre 2000 et 2005 a bien tenu la route.

A un moment ou un autre, d’ici 2019 ou même avant si les bruits concernant le « remake » se vérifient, on va sans aucun doute aller vers de nouvelles alliances à Maurice. Recomposer l’échiquier politique restera ainsi nécessaire, même si cela deviendra, en pratique, de plus en plus difficile parce qu’au fil des années, les rancœurs s’accumulent, les conflits de personnalités et d’intérêt s’amplifient, les animosités sont plus visibles.

* Quels sont les facteurs qui détermineront alors les prochaines alliances ?

Il y a beaucoup de nouvelles données. Après ces dernières années d’impitoyable vengeance MSM contre Navin Ramgoolam et les siens, toute réconciliation MSM-PTr semble impossible. Par ailleurs, après la raclée de décembre 2014, tout rapprochement MMM-Navin Ramgoolam serait pour le MMM de la folie furieuse. Ce sera donc surtout au MMM et au PMSD de faire leur choix et il ne faut pas être sorcier pour deviner la suite.

Au PMSD, Xavier-Luc Duval (qui a une bonne image publique, renforcée par son nouveau rôle de Leader de l’Opposition) est devenu aujourd’hui beaucoup plus ambitieux, visant même le prime ministership. En tout cas, il ne voudra plus être traité par Navin Ramgoolam et le PTr comme quantité négligeable.

Duval pourrait bien vouloir, dans toute négociation avec un PTr affaibli, une augmentation très substantielle de tickets ou même un partage du pouvoir « à l’israélienne » avec possiblement un ou deux ans de prime ministership en fin de mandat si Navin Ramgoolam revient au pouvoir et accepte de partir après 3 ans. Ou, à défaut, il pourrait réclamer une sorte de « Super-Deputy prime ministership » largement supérieur au rôle qui avait été confié au Dr Rashid Beebeejaun par Navin Ramgoolam. Ce sera la base même d’un nouvel accord PTr-PMSD.

Au MMM, j’ai déjà évoqué la question plus tôt. Un MMM requinqué ne voudra pas être traité par-dessus la jambe par le MSM. Paul Bérenger (étant donné sa stature historique) ne servira jamais sous Pravind Jugnauth. Toute alliance MMM-MSM passera donc nécessairement par une Présidence avec des pouvoirs accrus pour Bérenger, nécessitant des aménagements constitutionnels mineurs et une passation de pouvoir au MMM. Toutefois, tout ceci pourrait ne pas être facile à négocier.

* Devant l’état actuel des choses et en prévision de ce qui paraît difficilement réalisable pour l’actuel Gouvernement de renverser la vapeur, se dirige-t-on vers la bipolarisation du passé avec deux blocs dominants, avec le PTr d’un côté et, de l’autre, le MMM, en compétition pour la prise du pouvoir au détriment du pluralisme ?

Il y aura inévitablement deux blocs dominants en 2019 et même après. Mais il n’est pas dit que ces blocs soient articulés autour du PTr et du MMM. Ils peuvent aussi être PTr et MSM en compétition pour le pouvoir, mais avec des alliés forts et exigeants (PMSD dans le cas du PTr et MMM dans le cas du MSM). Cela n’a pas nécessairement besoin d’être « au détriment du pluralisme ».

* Le MMM et le PTr auront, de toute façon, besoin de Paul Bérenger et de Navin Ramgoolam pour cette lutte ultime avant que ces deux leaders ne décident de s’effacer pour passer le flambeau à la relève. Qu’en pensez-vous ?

C’est clair aujourd’hui que (quel que soit le degré de frustration des uns et des autres face à cette situation), Paul Bérenger et Navin Ramgoolam restent incontournables dans leur parti respectif.

Bérenger n’a aucun successeur et n’en a préparé aucun. Navin Ramgoolam n’a aucune intention de s’en aller et il l’a clairement fait comprendre à Arvind Boolell, qui semble d’ailleurs accepter cette situation.

Ne nous faisons aucune illusion : Les quatre personnages principaux du jeu politique mauricien sont et demeureront, au cours des prochaines années, Pravind Jugnauth, Navin Ramgoolam, Paul Bérenger et Xavier-Luc Duval. En deuxième ligne, on retrouve Alan Ganoo, Roshi Bhadain et Shakeel Mohamed. Le jeu est verrouillé. C’est un fait avec lequel il faudra vivre.

Il n’y aura pas, non plus, de « troisième force » levant subitement la tête mais seulement peut-être de petits partis satellites tournant autour des grandes planètes MMM, PTr, MSM et PMSD. Il faut voir la réalité en face : Maurice n’aura pas de Macron, sorti de nulle part pour bouleverser l’échiquier politique.

A Maurice, où règne le culte des héros, on ne fabrique pas un leader en six mois. Tous ceux qui le croient rêvent les yeux ouverts. Ce pays est un des plus conservateurs de la planète et se complaît dans ses rigidités.

* Même si les conditions se mettent en place pour le retour au bercail de l’électorat travailliste, il faudra attendre l’issue des procès logés contre Ramgoolam en cour pour que les choses soient plus claires pour le PTr, mais aussi pour les autres partis. Quelles sont les perspectives pour Navin Ramgoolam ?

Beaucoup déprendra, en effet, des cas en cour et nul ne saurait en anticiper l’issue. Navin Ramgoolam ne rêve que de revenir au pouvoir. Il n’a aucune intention de céder la place et il pense que, sans lui, le PTr ne peut gagner en 2019.

Si la voie est libre pour lui, il reviendra en disant au pays : « J’ai changé. Je regrette. Rien ne sera plus comme avant ». Et il réclamera un vote-sanction : « Anybody but Jugnauth. »

* Et celles de Bérenger au MMM ?

Malgré tout ce qu’on peut dire ou penser, 48 ans après, Paul Bérenger incarne toujours le MMM dans le subconscient populaire et reste son symbole vivant. Il n’y a rien à faire. Tous ses adjoints peuvent partir l’un après l’autre dans la dissidence, depuis 1970. Bérenger, lui, reste. Il est inamovible.

Voyez Ivan Collendavelloo : Trois mois après, il avait déjà perdu son pari de remplacer Bérenger dans le cœur des militants. Le grand prêtre de la religion MMM demeure toujours Bérenger. Ceux qui partent ne deviennent que de petites sectes.

Pour Bérenger, le MMM, c’est sa vie, sa respiration. C’est pour cela qu’il ne se résigne pas, depuis les années 90, à renoncer au MMM pour aller au Réduit, malgré de nombreuses offres dans ce sens. J’ai souvent pensé qu’il ne se retirerait jamais pour céder la place à un autre, qu’il mourrait leader du MMM, comme Gaëtan Duval au PMSD, Sir Seewoosagur au PTr et Sookdeo Bissoondoyal à l’IFB.

C’est, en effet, le combat dans l’arène qu’aime Paul Bérenger. Mourir debout, l’arme à la main. C’est sans doute pour cela qu’on l’admire tellement, même si on ne l’aime pas toujours. Il doit souffrir beaucoup de voir Xavier-Luc Duval en Leader de l’Opposition, en première ligne, occupant la place qui, depuis 40 ans, est la sienne. Mais un « remake » MMM-MSM – toujours possible – va peut-être forcer une décision définitive sur la Présidence et la manière dont il terminera sa carrière publique.

* Mais Paul Bérenger a aussi évoqué sa stratégie d’aller seul aux élections au sein d’un front regroupant aussi des individus, des professionnels, des jeunes issus, entre autres, d’autres partis politiques sous le thème du renouveau — une espèce de front à la ‘En Marche’ de Macron — comme l’avait qualifié Jocelyn Chan Low. Formule gagnante, selon vous, et qui pourrait attirer un bon nombre de cette grande masse d’électeurs flottants ?

Bérenger à la tête d’une plate-forme MMM-citoyenne ? Je n’y crois pas beaucoup. Bérenger est toujours dans une logique de rapport de forces. Il ne gaspillera pas de précieux tickets électoraux sur des inconnus.

* En attendant, vous ne voyez pas les Duval, Bunwaree, Bhadain et autres en alliance ou séparément pouvant faire le poids contre les Ramgoolam et Bérenger, non ?

Non. Mais je peux imaginer que Xavier Duval constitue peu à peu autour d’un PMSD fort un regroupement de petits partis, pour ensuite aller négocier alliance avec le Parti Travailliste.

Mais n’anticipons pas trop. Beaucoup de choses arrivent en deux ans.

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