Joseph J.A. Varondin

Effet de Serre

« La maison brûle et nous regardons ailleurs »

— Joseph J.A. Varondin

Depuis plusieurs années, l’imminence d’un changement climatique dû « au réchauffement par effet de serre » de la planète – résultant des rejets massifs de gaz comme le CO2 et la dioxine -, est devenue l’objet d’un débat essentiel pour la société, surtout occidentale.

Ce changement climatique va se manifester par des événements extrêmes qui menacent directement les éléments fondamentaux de la vie sur terre. Cette prise de conscience progressive a permis de réfléchir à des solutions prétendues efficaces et de proposer des mesures adéquates. Les spécialistes, par le truchement de divers rapports, soulignent l’urgence de la mise en place de moyens de lutte contre l’effet de serre et de protection de la planète, faute de quoi leur coût ne cesserait de monter jusqu’à atteindre 5% du futur PIB de la planète — ce qui ne manquerait pas d’obérer gravement les finances des États et le niveau de vie des peuples.

Deux moyens d’interventions sont proposés soit par le biais de « mécanisme de marché » ou par celui de la fiscalité. Nous les citons sans croire à leur efficacité car il est impossible de les imposer à chaque pollueur des quatre points cardinaux.

Dans son rapport sur le danger d’un changement climatique, Nicholas Stern, un parmi tant d’experts occidentaux auto-patentés, met en exergue « la plus grande défaillance du marché que le monde ait connue » du fait que « les pollueurs ne payaient pas » les dégâts qu’ils causaient jusqu’à une date récente. Comment en effet faire payer la pollution quand on ne dispose pas d’une réglementation commune à l’échelle internationale agréée par tous les États ? Il propose donc d’appliquer le principe du « pollueur-payeur » dans la mesure où chacun doit assumer ses actes, donc payer dès aujourd’hui les dommages qu’il occasionne à la planète. Pour ce faire, il propose de fixer le prix du carbone émis à payer par chacun des pollueurs sous forme de « moyen d’impacts », d’un « système de permis de polluer » ou d’un « recours à des réglementations. » C’est intéressant quoique certains pensent que c’est abscond sur papier et nul à l’application pratique : ce serait l’opium d’experts bonimenteurs.

John Sloman, autre expert occidental auto-proclamé — les experts les plus prolixes et les plus médiatisés sont toujours des Blancs et la plupart du temps des Etats-Unis ! -, propose de son côté de fixer une taxe sur la production ou la consommation des biens polluants c’est-à-dire une « taxe verte » ou une « taxe éco » plutôt que d’imposer un prix pour l’utilisation de l’environnement. Dans ce cas, le bien produit supporte un « coût social » qui augmente son prix, ce qui tendra à réduire sa production, donc à diminuer la pollution. Cependant, ce système se heurte à de nombreuses difficultés comme celle que rencontrent les décideurs publics à identifier le coût social de la pollution émise par chaque entreprise. Celles-ci ne disposent pas en général des informations permettant d’estimer ce coût d’où la quasi-impossibilité de fixer le montant de la taxe à son niveau optimal surtout si l’inélasticité de la demande n’est pas maîtrisée.

L’outil « anti-changement climatique »

Par ailleurs, la taxe verte handicape les produits qu’elle frappe en les rendant beaucoup moins compétitifs. Elle peut handicaper la capacité industrielle d’un pays. De surcroît, certaines taxes vertes sont régressives, c’est-à-dire elles frappent plus durement les faibles revenus et réduisent le pouvoir d’achat de groupes de populations défavorisées : la dépense pour un plein d’essence n’obèrera pas le budget de Madame Bettencourt, milliardaire dans la même proportion pénalisante que celui de Madame Toulemonde au salaire de misère ou bénéficiaire de l’aide sociale ! Toutefois, la fiscalité environnementale paraît être l’outil « anti-changement climatique » le plus adapté et le plus facile à imposer : il suffit de taxer tous les produits les plus pollueurs.

Malheureusement comme dans toute mesure de pression, le mécontentement des masses est au bout de la manœuvre. Chacun rejette sur l’autre la responsabilité de polluer. Et les Occidentaux ont deux siècles d’avance sur le reste des hommes à ce propos. Ce qui ne les empêche pas de vouloir continuer dans la voie de la pollution tout en obligeant les pays émergents à diminuer leurs industries polluantes mais nécessaire à la vie, voire à la survie de leurs populations à la limite de l’indigence quotidienne.

Ainsi Maurice ne devrait plus teindre ses textiles, produire son électricité au charbon, construire ses barrages, pêcher dans ses eaux territoriales ses poissons traditionnels, chercher le confort de son peuple par l’accroissement des produits de bien-être afin qu’en contrepartie, les Américains et autres Occidentaux puissent continuer à vivre dans un confort maximum avec un droit de gaspillage économique insensé et de pollution débridée.

Comme, entre mille exemples, l’illumination a giorno de leurs villes la nuit quand tout le monde s’amuse alors que chacun devrait dormir. Ce qui les oblige à polluer à outrance leur propre pays pour produire en abondance du pétrole marin, bitumeux et schisteux nécessaire au maintien de cette dilapidation du patrimoine mondial qu’est l’éclairage occidental orgueilleux et ostentatoire.

Une autre solution, selon le même John Sloman, est d’avoir recours au mécanisme de marché en instituant un « droit de polluer ». On impose aux entreprises un niveau maximal de pollution. Celles qui n’atteignent pas ce niveau peuvent revendre la différence à celles qui le dépassent. Ainsi les Compagnies Intox et Détox ont droit chacune à un niveau de pollution égal à 100 tonnes de carbone par exemple, soit un total de 200 tonnes. Si la Compagnie Détox ne produit que 75 tonnes de carbone, elle peut revendre les 25 tonnes non produites à la Compagnie Indox qui aura ainsi le droit de polluer jusqu’à 125 tonnes de carbone.

Dans le cadre du Protocole de Kyoto, douze mille entreprises ont obtenu de leur gouvernement un droit d’émission de carbone contrôlé. Suivant ce principe, on les encourage à produire moins de carbone et à gagner de l’argent en revendant l’excédent de carbone qu’elles n’ont pas produit. Cependant, profane que nous sommes, nous ne voyons pas à quoi rime ce « business de la pollution » puisque in fine, ce sont toujours 200 tonnes de carbone au total que Détox et Intox vont produire ! Alors où est le bénéfice de ce commerce de la pollution entre pollueurs puisque la pollution globale ne sera nullement diminuée ? Et on ose proposer une telle solution de bonimenteurs !

Des solutions utopiques

Ce système n’est valable que si l’on impose des seuils de pollution de plus en plus bas. Il ne semble pas être la panacée puisque les médias dénoncent souvent des trafics de « droits de pollution » qui permettent à des sociétés « mafieuses » de s’enrichir à bon compte.

Chaque mois on peut lire dans les gazettes occidentales que des trafiquants de factures – vraies ou fausses – s’enrichissent en achetant ou en vendant de la fumée des autres avant d’être rançonnés à leur tour par des gouvernements laxistes, voire complices ! Il est difficile de « marchandiser » la pollution de la nature par l’homme sans tomber dans la pollution morale des hommes. Comme le constate Christophe Wendlting, autre expert occidental auto patenté mais plus lucide, aucun système de coercition n’est parfait. Il faut choisir l’instrument le plus adapté entre le « marché de permis d’émission » — droit de polluer – dont le coût de mise en œuvre ne peut être déterminé que par le marché lui-même qui tendrait vers un équilibre des prix et « le moyen de la fiscalité » — la taxe verte – qui peut être mise en place par une décision régalienne même si le résultat écologique n’est pas complètement garanti. Quel instrument préférer ?

Il semble que dans le cas où le dommage marginal augmente peu avec une unité d’émission supplémentaire, il est préférable d’utiliser la « taxe verte » surtout si l’allocation pollution initiale est trop faible. Lorsque, d’autre part, les pollueurs sont nombreux et dispersés, comme les automobilistes, la taxe verte est la plus adaptée. En revanche, le système de « permis de polluer » est préférable lorsque le dommage marginal est important. Il appartient aux décideurs publics d’appliquer le meilleur système de coercition.

Les choix sont difficiles et les instruments pour faire un choix final sont encore insuffisamment rodés surtout quand il s’agit de tenir compte du type de pollution et du nombre de pollueurs.

Lors du Sommet de la Terre de Johannesburg en 2002, le Président français Jacques Chirac a dit « La maison brûle et nous regardons ailleurs. » Les sommets se succèdent de Montréal à Kyoto en passant par Durban et les « décisions inachevées » se suivent parce que les nations riches ne veulent pas payer leur pollution argentifère et le Tiers Monde ne peut pas payer pour ceux qui ont pollué la planète pendant deux siècles. La maison Terre brûle ? Mais qui y a mis le feu ? Et qui va payer les pompiers ?

A part la concentration de CO2 et de dioxine dont ils ne sont pas les producteurs et qui va les asphyxier ainsi que l’élévation du niveau de la mer qui va les chasser de leur habitat littoral, les pays sous-développés connaissent depuis longtemps et en permanence « l’invivabilité de leur planète ». Cette dernière souffre déjà gravement de la déforestation, de la désertification, de la pénurie d’eau douce, de la disette, de la maladie, des privations multiples, du dénuement, de la pollution des sols et des cours d’eau – par l’exploitation minière qu’en font les puissantes sociétés transnationales occidentales : les fleuves de Guyane sont pollués aux trois quarts à cause de ces activités étrangères –, et d’autres fléaux qui frappent les peuples pauvres. Depuis toujours, « leurs maisons flambent. » Et ils ne sont pas responsables de cette catastrophe dont les Occidentaux découvrent aujourd’hui les conséquences découlant de leurs activités coloniales, industrielles, automobiles et consuméristes après en avoir été les acteurs égoïstes incontrôlables pendant des siècles et à tous les niveaux !

Joseph J.A. Varondin

 

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