Carnet Hebdo — Fitness Monopole

Que l’Etat se décharge du fardeau du « Fitness Bureau » est certainement une bonne chose.

Mais le transfert de ce service public à un seul groupe privé suscite des interrogations. A l’heure du tout smart, pourquoi ne pas privatiser intelligemment pour l’intérêt d’un plus grand nombre de petites entreprises ?

Quelles sont les exigences d’un « Fitness Bureau » ? Des techniciens qualifiés qui ont les compétences de vérifier l’état des voitures, des camions et des vans qui circulent sur les routes, et qui exigent des réparations si nécessaires avant de remettre aux propriétaires un certificat attestant le bon état de leur véhicule ? Que l’on sache, il ne s’agit pas de disposer d’une armada d’ingénieurs issus des plus grandes écoles de haute technologie à qui on demanderait de vérifier l’état d’une navette spatiale avant de la lancer vers la planète Mars…

Au lieu de passer du monopole d’un service public de l’Etat à un monopole par un grand groupe privé, il serait plus judicieux d’avoir recours à plusieurs groupes privés qui se chargeront de ce service indispensable pour la sécurité de chacun. Le pays dispose bien d’une armada de mécaniciens et de techniciens à qui il faudrait dispenser une formation adéquate pour assurer le bon fonctionnement du service de Contrôle Technique. Moyennant une subvention de l’Etat ou un prêt de la Banque de développement, des Mauriciens issus des quatre coins de l’île pourront monter des petites entreprises de Fitness Bureau car il leur faudrait investir dans un local et acheter l’équipement nécessaire pour mener à bien cette tâche. L’autre solution consiste à remettre ce service aux petites entreprises déjà existantes qui souhaitent diversifier leurs investissements et qui disposent d’un capital. Ces petits groupes emploieront des techniciens issus des différentes régions de l’île.

Ce serait une erreur monumentale que de vouloir centraliser le « Fitness Bureau » dans un seul endroit autour de Cassis et Plaine Lauzun, et perpétuer cette aberration d’obliger tous les véhicules à converger vers un seul lieu. De Rivière Noire à Mahebourg, de Fond du Sac à Grande Rivière, de l’ouest à l’est, du nord au sud, ce ne sont pas les compétences qui manquent. C’est un secteur où la catégorie professionnelle des techniciens pourra se regrouper, monter leur société privée et prendre leur place sur le marché.

Et s’il faut moderniser, pourquoi le faire à moitié ? Dans les pays plus développés, selon leur taille et leur population, chaque ville ou village dispose de plusieurs « Fitness Bureau ». Il en faudrait quatre ou cinq dans une ville comme Quatre Bornes ou Curepipe, un peu moins dans les villages très peuplés. Mais certainement pas UN pour toute l’île !

Depuis des années, on nous rabat les oreilles avec la démocratisation de l’économie. Comment peut-on y arriver si on perpétue un capitalisme à outrance ? Si on ne permet pas aux autres de percer et de prospérer dans le privé ? C’est le devoir d’un gouvernement de veiller à ce que le plus grand nombre bénéficie des richesses, et non pas un cercle de grosses sociétés. Laissez la place aux autres. Démocratiser l’économie en passant d’un monopole à un autre, c’est tout sauf démocratique et smart.

* Published in print edition on 15 April 2016

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